En mer

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14 février 2012 par Lunch

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Lunch

« On finira par faire de toi un marin ! Aux absents et aux débutants !
_ Au vent qui souffle, au bateau qui vogue et à la fille qui aime les marins !
_ Aux longues heures et aux maigres rations, sans même une pierre pour marquer nos tombes ! »

En mer, c’est l’histoire un solide gaillard dont l’apparence physique est aussi impressionnante que son esprit émeut. Personnage atypique et attendrissant, poète dans l’âme et marin débutant, il est embarqué de force sur un navire voguant vers le pays du soleil levant. Là, il devra abandonner ses rêves pour apprendre la vie en mer. Une sorte de nouveau départ pour cet homme qui, finalement, lui permettra de s’émanciper et de rebondir.

En mer, c’est une bande dessinée au format ridicule d’un carnet de voyage. Format lui aussi très atypique, dans l’exact esprit du personnage principal et du petit livre qu’il garde précieusement contre lui durant son périple.
Ce carnet, qui fait aussi un peu penser aux romans qu’on lisait dans notre jeunesse, en a tous les attraits : la couverture rigide, la reliure, l’épaisseur, et même le lettrage pour ce qui concerne la préface ou les remerciements. Un parfum qui nous immerge rapidement dans cette ambiance maritime, forte de magnifiques gravures se suivant au rythme d’une case par page. Les décors défilent, laissent rêveurs. Tout est dans la poésie et le contemplatif, une histoire qui se passe presque des mots, rares et jamais obsolètes. Chaque chose a sa place dans le récit, on se plaît à le découvrir, à le lire, le relire, puis à le feuilleter de nouveau une fois la lecture terminée pour contempler une fois de plus les magnifiques dessins que nous offre l’auteur.
Il n’y a pas à dire, les éditions Ça et là nous prouvent une nouvelle fois que leurs choix sont judicieux, portant leur regard sur des œuvres touchantes et exemplaires. En mer fait partie de celles-là, ces œuvres qui se lisent et se manipulent sans jamais perdre de leur saveur, dans lesquelles ont reconnait un véritable travail de fond et de forme, où les images et le texte forment un tout incroyablement puissant. Un cri du cœur.

La vie de cet homme est belle. Elle se passe de noms, et ne se résume qu’à de simples mots : ceux d’un homme pour qui « une seule vie serait plus dure… celle de n’avoir pas connu l’eau. »

Badelel

Ne vous moquez pas : je vais encore parler de poésie. Le plus drôle, c’est que ma sensibilité à la poésie est proche du néant, mais à côté de ça j’aime les livres poétiques. Bon là j’ai une bonne excuse : c’est le thème ! C’est même le format. Ça c’est un truc que j’adore avec Ça et Là : c’est un éditeur qui n’hésite pas à mettre les moyens dans le format. On avait déjà adoré pour Château L’attente.

Donc là, nous avons dans les mains un petit livre genre recueil de poésie, mais avec de la BD dedans. Ne vous attendez toutefois pas à y trouver des cases : chaque page est une case entière, comme si chacune d’entre elles était un poème à part entière. Et à mesure de ces pages, on suit l’initiation d’un poète raté devenu marin malgré lui.

Poétique, il l’est forcément mais ce n’est pas tout. En 134 pages-cases Drew Weing nous fait aussi vivre de l’aventure, de l’émotion, du voyage, de la nostalgie, de l’amitié, du bonheur et de la tristesse. On traverse une époque, une vie, une histoire. Une petite histoire contemplative très complète toute en douceur et presque sans texte. Le tout sur fond de décors détaillés avec des personnages aux disproportions pleines de justesse.

J’ai tout particulièrement apprécié le graphisme du héros, dont l’épaisseur des membres par rapport à la taille de la tête souligne la gaucherie et la carrure de géant. Il en va de même pour tous les personnages dont l’habileté physique et intellectuelle se reflète dans les proportions physiques.

Sur ces quelques pages, il y a tout à dire… mais en bref, c’est un bel objet, une belle histoire et un beau dessin : merci à David pour cette jolie découverte.

PS : Et oui, il y a le mot « poésie » 36 fois par phrase. C’est comme ça et pas autrement, voilà. 🙂

En mer (One shot)
Scénario : Drew Weing
Dessin : Drew Weing
Édition : Çà et là 2011
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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2 réflexions sur “En mer

  1. Lunch dit :

    Par jerome le 15/02/2012 :

    Un superbe album en effet, très poétique !

    Par Mo’ le 15/02/2012 :

    Je ne comprends pas qu’il n’ait pas été retenu dans la sélection d’Angoulême. Tout de même, cet album a bien des qualités

    Par Lunch le 15/02/2012 :

    Oui, c’est un très gros oubli de la part du jury de sélection.
    Soit c’est l’éditeur qui n’a pas envoyé cet album au jury, soit c’est le jury qui l’a écarté. Dans tout les cas il y a faute de goût évidente. Je sais pas ce que valent les autres albums choisis par le jury de la sélection officielle, mais celui-là était pour moi une évidence… dommage.

    Par Mo le 15/02/2012 :

    Je pensais que tu avais entendu l’échange que j’avais eu sur le stand de l’éditeur. Ils ont présenté « En mer » et espéraient beaucoup d’une nomination. Ils ont été surpris et déçu qu’il ne soit pas retenu

    Par Lunch le 15/02/2012 :

    C’est donc une faute de goût du jury de sélection 🙂

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  2. […] sont autant de sujets maintes fois abordés dans la bande dessinée. On pense instantanément à En mer (Mose est frappé de la même blessure que le héros de En mer) ou à Loup des mers. Le parallèle […]

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