Aâma #1 : L’odeur de la poussière chaude

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9 février 2012 par Lunch

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Lunch

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Lorsque Verloc Nim se réveille, couché au centre d’un cratère encore fumant, il ne se rappelle plus de rien. Il ne sait plus son nom, ni où il est, ni d’où il vient. Seule l’image de sa fille, Lilja, semble le rattacher à quelque chose de concret.
Alors qu’il semblait pour le moins perdu, c’est un robot hors catégorie, ressemblant à un singe et dénommé Churchill, qui se porte à son secours et lui remet son carnet de voyage. Ce petit carnet, véritable rareté dans un monde cybernétisé à outrance, il y a consigné les péripéties de ces derniers jours. Verloc se replonge alors corps et (A)âme dans celui-ci pour revisiter l’histoire, son histoire, celle qui l’a amené ici, sur cette planète lointaine d’Ona(ji), l’extirpant de sa misérable existence de moins que rien.

Je vous vois venir avec vos grands sabots : mais ils font quoi sur ce site, ils ont arrêté de lire ? Ils ne publient plus de nouvelles chroniques ? Figurez-vous qu’on manque cruellement de temps en ce moment. La faute à notre (future) maison, en cours d’achèvement. Évidemment, entre le suivi du chantier et les derniers travaux, que nous faisons nous-même, c’est un peu la course. Voilà donc la raison de ce « mutisme »… mais revenons en plutôt à nos histoires de gorilles intergalactiques. Non pas que notre vie soit à ce point inintéressante, mais vous n’êtes pas là pour ça : Aujourd’hui, c’est Frederik Peeters qui commande !

Que nous a-t-il concocté, le brillantissime auteur de Château de sable, Pilules bleues, Lupus, RG, Pachyderme et j’en passe ? Nous voilà parti une nouvelle fois dans la science fiction, et plus précisément dans l’exploration. Mais pour complexifier un peu la donne, elle prend des voies multiples :
Tout d’abord, il y a cette planète, Ona(ji), dont on ne connait rien ou si peu. Les informations sont distillées au fur et à mesure sur ce qui ressemble à une grand champ d’expérimentation. Qui sont ses habitants ? Pourquoi sont-ils si peu nombreux ? Que font-ils ici ? Notre héros ne sait rien et doit tout apprendre sur le tas… comme nous, quoi…
Exploration physique donc, mais aussi mentale, puisque Verloc, devenu amnésique, essaie de recouvrer sa mémoire grâce à son journal intime, qu’il avait eu la bonne idée de commencer quelques jours auparavant. Un jeu de pistes qui permet de replacer les événements dans le bon ordre… mais pas de répondre aux questions.

Ce que je dis là, ce n’est que la surface d’Aâma. Car on ressent à la lecture un récit bien plus complexe. J’ai entendu ça et là que Frederik Peeters ne savait pas trop encore comment il allait enchaîner la suite. Il n’est pourtant pas bien difficile de reconnaître que l’auteur a énormément fouillé les personnages, et qu’il prépare là le terrain pour quelque chose de plus ambitieux.
Verloc Nim lui-même, un rebut de la société qui a tout perdu jusqu’à sombrer dans le shia (une drogue), se voit attribuer un rôle de premier ordre dans l’aventure que lui propose son frère Conrad. Qui est cette mystérieuse enfant ressemblant à s’y méprendre à sa fille Lilja qui vient d’apparaître sur Ona(ji), une planète très éloignée Radiant, où elle est censée être ? Par cette apparition, par sa rencontre avec son frère, Verloc se retrouve confronté à son échec, celui d’avoir perdu le magasin de son père, d’avoir perdu sa femme, sa fille…
Et Conrad dans tout ça ? Pourquoi cache-t-il autant de secrets ? Quelle est sa mission exacte, la vraie, celle qu’il garde précieusement pour lui ?

Graphiquement, Frederik Peeters reprend le chemin de la couleur, qui colle ma foi fort bien à l’exploration spatiale. On a parfois, au détour d’un visage, l’impression de croiser d’autres personnages issus d’autres œuvres. Par exemple, ce Verloc là me fait beaucoup penser à Amasan, l’algérien de Château de sable. Un caractère très différent, mais toujours avec cette ressemblance d’être dépassé par les événements (dans Château de sable en même temps, qui ne l’était pas ?).

Aâma est très certainement un ouvrage d’ouverture, certes copieux, mais qui pose seulement les bases d’un récit ambitieux et pourquoi pas tentaculaire, où chaque chose à sa place et s’entrelace. Il y a un parfum de mystère qui se dégage de cette lecture. Il faudra approfondir pour en percer les multiples secrets, pour découvrir l’histoire véritable qui se cache derrière le voile de l’amnésie.
Il faudra probablement attendre septembre 2012 pour voir la suite de Aâma. Mais pas la fin, si l’on s’en réfère aux propos de l’auteur sur la série, tenus sur son blog :
« Et celle-là risque d’être longue, très longue. »

Aâma #1 : L’odeur de la poussière chaude
Scénario : Frederik Peeters
Dessin : Frederik Peeters
Édition : Gallimard 2011
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Aâma #1 : L’odeur de la poussière chaude

  1. […] voir doté des caractéristiques graphiques propres aux héros-clefs de Peeters (Verlok Nim dans Aâma, l’arabe dans Château de sable…). On se prend petit à petit d’affection pour […]

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