L’autoroute du soleil

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16 janvier 2012 par Lunch

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Lunch

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Karim Kemal est un jeune homme de 22 ans. Beau mec, d’origine maghrébine, il a la réputation d’adorer les vieilleries des années ’50 et surtout d’attirer vers lui les plus belles femmes de la ville. Il court sur lui des tas de rumeurs : il serait gigolo, joueur invétéré, trafiquant de drogue, et serait porteur du virus du sida.
Alexandre Barbiéri, du haut de ses 17 ans, n’est plus tout à fait un gamin mais n’est pas encore vraiment rentré dans l’âge adulte. Complètement fan de Karim, il en fait son idole. Pour la première fois, il ose l’aborder et Karim lui propose de passer la soirée avec lui. Il est aux anges.
Raoul Faurissier, de son côté, est en passe de devenir le candidat officiel de l’Élan National Français – un parti extrémiste poussé par des slogans racistes – pour les élections régionales.
René Loiseau, pour finir, mène une double vie. Lorsqu’il n’est pas dans sa maison à se faire pourrir par sa femme, il en profite pour la tromper, comme à chaque fois qu’il est en déplacement, avec une autre.

Rien ne semble vraiment lier intimement tous ces gens, pourtant… pourtant… il suffit parfois de peu de choses pour que l’engrenage se mette en (auto)route. Reste à savoir si elle mènera au soleil.

Baru a commencé sa carrière artistique dans les années ’80, propulsé sur le devant de la scène par Quéquette blues, son premier titre étant d’emblée salué par un Alfred du meilleur premier album en 1985. Il s’illustrera encore de nombreuses fois, à Angoulême et ailleurs, pour ses nombreux albums : Le chemin de l’Amérique, L’enragé… et L’autoroute du soleil !
Un palmarès riche pour ce professeur d’éducation physique de profession (dire que j’en connais qui l’ont eu comme prof, s’ils avaient su, je suis sûr qu’ils auraient fait du sport avec beaucoup plus d’enthousiasme ^^), récompensé par un Grand Boom (Blois) en 2006 et un Grand Prix d’Angoulême en 2010.

L’autoroute du soleil, c’est un road-trip passionnant et haletant. Une force qui réside en partie dans le choix des personnages.
Les quatre protagonistes principaux sont tous très différents, avec un caractère qui leur est propre particulièrement soigné. Ils viennent de tous origines et apportent chacun leur pierre à l’édifice, renforçant du même coup la richesse narrative de l’album.

Il y a d’un côté ceux que je nommerais les pierres angulaires : Karim et Raoul Faurissier, les pièces majeures du récit, ceux que tout oppose. Évidemment, l’un à la belle gueule du fils d’immigré et l’autre est le membre éminent d’un parti d’extrême droite. En plus de ça, ce dernier retrouve le premier en train de se faire sa femme chez lui, alors qu’il vient de subir une claque politique. Il n’en faut pas plus pour attiser sa haine et révéler sa folie meurtrière.
S’ensuit une course poursuite effrénée qui partira de Nancy et qui filera à toute allure vers Marseille, via l’autoroute du soleil.

De l’autre côté, Alexandre et René Loiseau ne sont pas en reste, propulsés à leur insu dans cette grande sarabande. Personnages de premier plan et acteurs sans le vouloir du drame qui se déroule sous leurs yeux, cet épisode de leur vie est aussi pour eux l’occasion de quitter leur routine quotidienne et en quelque sorte, leur malaise. Une chance de s’affirmer pour l’un, de faire chier sa femme pour l’autre. Mais le jeu reste d’un danger permanent, surtout que le docteur Faurissier est un grand psychopathe (probablement bon pour l’asile psychiatrique d’ailleurs).

« Ah !… C’est vrai que monsieur a une dent contre les poulets !
_ OUAIS ET ALORS !?
_ Alors, rien… rien…
_ Et je parie que t’aimerais savoir pourquoi !
_ Exact !
_ Eh ben, j’avais 12 ans et j’avais piqué une BD… La vendeuse a appelé les flics. Au commissariat, ils m’ont forcé à bouffer du cochon pour rigoler… jusqu’à ce que je dégueule… Là, ils m’ont mis une branlée et y’en a un qui m’a un peu poussé dans l’escalier… Traumatisme crânien… fracture du poignet…
_ Quelle idée aussi de naître arabe ! »

Immigration, intégration, extrémisme, drogue. Autant de thèmes abordés dans cette série (deux tomes parus en 2002 et ici en édition intégrale) épique et époustouflante. Baru ne se contente pas seulement de raconter une belle histoire, il en profite pour dénoncer ce qui ne lui plaît pas. L’image de la destruction des fourneaux de la Lorraine des aciers est toute une image, tout un symbole : c’est la fin de l’ère industrielle, le démantèlement des usines. Une thématique ouvrière qui est chère à l’auteur et qu’il défend dès qu’il le peut au travers de ses livres.

Un road-trip coup de poing, émouvant et haletant, que j’ai beaucoup apprécié, dans le fond comme dans la forme.
Une œuvre essentielle du 9ème Art que j’engage tout amateur de bande dessinée à découvrir ou a redécouvrir.

roaarrr

– Alph-Art du meilleur album français – Angoulême 1996
– Prix des libraires 1996

L’autoroute du soleil (Format intégrale)
Scénario : Baru
Dessin : Baru
Édition : Casterman 2010 (1° édition 1995)
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “L’autoroute du soleil

  1. Lunch dit :

    Par Mo’ le 20/01/2012 :

    C’est amusant comment tu reformes les duos. Je suis restée très basique : Karim/Alexandre d’un coté, les personnages secondaires de l’autre ^^

    Par Lunch le 20/01/2012 :

    Oui, c’est amusant… mais c’est effectivement mon ressenti. Certes, Raoul Faurissier n’est pas du côté des gentils, mais je trouve que tout tourne finalement (ou presque) entre Karim et lui. Les autres personnages, bien qu’importants dans le récits (il y a tout un tas d’autres personnages qui apparaissent, moins important, mais qui ont un rôle très sympa a jouer aussi) ne sont pas aussi essentiels.

    Et puis bon, j’aime beaucoup le personnage de Raoul Faurissier. Typiquement le genre de mec un peu fou que j’aime incarner au théâtre 🙂

    Par Mo’ le 21/01/2012 :

    Non mais tu as complètement raison en plus. C’est vrai qu’il y a pas mal de choses qui se focalisent autour de Faurissier. Mais ce n’est pas le genre de personnage qui me fait tripper… plutôt flipper en fait ^^

    Par Lunch le 21/01/2012 :

    Ouep, je comprends bien pourquoi ^^
    Perso, j’adore en tout cas 🙂

    Par Mo’ le 21/01/2012 :

    Ça m’étonne qu’OliV n’ait pas encore réagit à ta chronique tiens ! ^^

    J'aime

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