Polina

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1 janvier 2012 par Lunch

polina

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Lunch

Polina est encore toute petite lorsqu’elle se présente à l’audition pour rentrer à l’académie Bojinski. Et il est bien connu que cette école, très réputée pour son perfectionnement de la danse, n’est pourtant pas facile d’accès.
Lorsque vient le tour de Polina de se présenter et de montrer ce qu’elle sait faire, Monsieur Bojinski lui même vient tester sa souplesse. Les premiers mots qu’il prononce à son égard sont durs :

« Vous n’êtes pas très souple, dites-moi.
Il faut être souple, si vous voulez espérer un jour devenir une danseuse.
Si vous n’êtes pas souple à 6 ans, vous le serez encore moins à 16 ans.
La souplesse et la grâce ne s’apprennent pas. C’est un don.
Suivante… »

Malgré ces mots acerbes, le professeur cochera le nom de Polina dans la liste des candidats sélectionnés pour entrer dans la prestigieuse école. Le début d’un long apprentissage et d’une belle histoire…

En ce premier jour de l’année, pas encore totalement remis de la nuit, je cherchais une lecture pas trop complexe, un peu rafraichissante. Pour être franc, j’ai longtemps hésité à prendre le dernier tome de Mamette. J’ai finalement succombé à mon enthousiasme, pour commencer l’année sur l’un des titres les plus plébiscités du moment, dans la course pour les Fauves d’Angoulême, et surtout déjà auréolé de deux prix majeurs cette année (j’y reviendrais).

Une bande dessinée sur la danse ? Franchement, ça me tentait pas plus que ça (mais bon j’avais quand même fini par être conquis par la belle interprétation de Natalie Portman dans Black Swan).
Une bande dessinée de Bastien Vivès ? Mouais, j’en ai jamais lues de lui (Le goût du chlore, Pour l’Empire…) mais son trait ne m’attire pas vraiment.
Mais bon, Grand Prix de la Critique ACBD 2012 quand même (délivré le 6 décembre 2011), succédant à Asterios Polyp et à d’autres œuvres majeures du 9ème Art. Prix des libraires 2011 aussi, ce n’est pas rien ! Si tout ce beau monde a trouvé l’album excellent, il doit vraiment l’être.
Je me suis donc prêté au jeu… et je ne suis pas déçu !

On pourrait parler de minimalisme quand on regarde le dessin de Bastien Vivès. Pourtant, c’est loin d’être le cas ici. Un peu comme le ferait Kiriko Nananan dans ses mangas, Bastien Vivès parvient en quelques traits, avec des touches de noir, de blanc et de gris, à rendre un visage expressif, à dépeindre une émotion, à donner un peu de poésie à un pas de danse. Pourtant, j’ai encore du mal à comprendre comment un jeune homme comme lui (27 ans) parvient à capter avec autant de raffinement l’expression de cette discipline complexe et élitiste. La marque d’un talent indéniable, et pourtant, j’avais franchement un mauvais a priori (sic !). Je sais reconnaître mes erreurs, je pense quand même que l’auteur à franchi un cap ici. Je ne saurais vraiment l’expliquer : peut-être est-ce justement cette absence de couleur qui m’a conquis ici.

Mais pour en faire la BD de l’année, il lui fallait puiser d’autres ingrédients ailleurs, et notamment dans la narration. Là encore, comment ne pas être attentif au destin de cette fille qui, par le biais de ses rencontres et de ses échecs, va sans cesse rebondir jusqu’à trouver sa voie bien à elle.
C’est une histoire attendrissante que celle qui défile sous nos yeux. Polina, d’une petite fille débutante, devient finalement adulte, guidée tout au long de son ascension artistique par les enseignements de son maître. S’il n’est plus présent physiquement, il l’accompagne toujours intellectuellement, l’aidant sans cesse à s’affirmer en tant que danseuse, à s’émanciper.

« Plus de légèreté, ça doit paraître facile.
C’est important que ça  » paraisse « .
Les gens ne doivent rien voir d’autre que l’émotion que vous devez faire passer. Retenez bien ça, Polina.
Si vous ne leur montrez pas la grâce et la légèreté, ils ne verront que l’effort et la difficulté. »

Le professeur Bojinski, vous l’aurez compris, tient une place énorme dans le récit. Son allure sévère et ses paroles dures envers ses élèves masque en fait tout les espoirs qu’il place en ses meilleurs éléments. Un personnage pas facile à cerner mais qui a finalement un bon fond. Polina l’aura compris.

Polina n’est pas seulement un album sur la danse. C’est aussi une réflexion sur l’enseignement, une belle parabole sur les sentiments qui se développent entre un maître et son élève, sur l’émancipation.
Un album que j’ai apprécié, savouré même. Mais…
Mais y’avait aussi Habibi dans les finalistes du Prix de la critique ACBD…

Badelel

Addendum du 07/04/2012

J’imagine que je ne vous apprendrai rien en vous disant que je n’aime pas le travail de Bastien Vivès. Je le trouve fade, sans saveur, trop contemplatif pour pouvoir créer un dialogue avec le lecteur. Bref, il n’y avait a priori aucune raison pour que Polina fasse exception : je n’aimerais forcément pas. Du coup je n’avais pas du tout envie de le lire, et je ne me voyais pas l’ouvrir avant de me retrouver clouée au lit pour plusieurs mois, à court de lecture. Ce n’était certes pas faute d’en avoir eu des échos positifs, mais je ne pouvais pas me détacher de l’image que m’avaient laissé mes lectures précédentes.

Et puis un jour, faisant le tour des BD qu’il me restait à lire au boulot (je rappelle que je travaille en médiathèque), j’ai pris Polina sous le coude, et je m’en suis allée dans l’idée qu’il ne fallait pas mourir bête.
Dès les premières pages j’ai été subjuguée. On ressent la danse dans les traits pleins de grâce de Vivès. Son dessin épuré reflète à la fois la rigidité de la discipline qui règne dans ce monde impitoyable, et prend à la fois toute la place de l’image, comme la danse prend toute la place dans la tête de Polina.
Non que cette BD soit moins contemplative que les autres, mais l’univers et le scénario se prête à ces vides, cette économie de texte et de trait.
Avant, ça m’aurait fait mal de l’admettre, mais maintenant j’ai envie de le crier sur les toits : j’ai aimé une BD de Vivès. Pire : je l’ai A-DO-REE !

A tous ceux qui, comme moi, n’osent pas l’ouvrir à cause de leurs a priori : jetez-vous dessus, vous vous régalerez !!!

Et puis j’en rajoute une couche après avoir jeté un œil à la vidéo qui aurait inspiré l’auteur. La Polina Oulinov de Vivès incarne à merveille la véritable Polina Semionova !

roaarrr

– Prix des libraires 2011
– Prix de la critique ACBD 2012

Polina (One shot)
Scénario : Bastien Vivès
Dessin : Bastien Vivès
Édition : Casterman 2011
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Polina

  1. Lunch dit :

    Par herisson08 le 01/01/2012 :

    Chut! Je ne commente pas la BD, que je ne connais pas d’ailleurs mais qui ne me tente que moyennement, car je viens surtout vous souhaiter une très bonne année!

    Par Badelel le 01/01/2012 :

    Bonne année également. Peut-être ferai-je un jour la chronique de cette BD. Enfin pour ça il faudrait que je commence par la lire, et j’avoue que Vivès ne me tente toujours pas.

    Par Lunch le 01/01/2012 :

    Il faut passer outre les a priori pour cette lecture je pense, d’autant qu’elle vaut le coup finalement.

    Quoiqu’il en soit : très bonne année aussi 🙂

    Par Yaneck le 02/01/2012 :

    Je continue de penser que Vivès bénéficie d’une popularité surfaite, et que d’autres que lui méritaient le prix ACBD cette année, surtout après Astérios Polyp qui était un monstre d’innovation graphique. Mais ceci dit, pour du Vivès, je suis d’accord, c’est plutôt bon, et le bouquin est très intéressant.

    Par Lunch le 02/01/2012 :

    Les 5 finalistes du Prix de la critique 2012 :
    – Polina
    – Les ignorants
    – Portugal
    – L’art de voler
    – Habibi
    C’est que du très bon cru de l’année. Maintenant, je n’ai pas tout lu, j’essaie de rattraper mon retard sur ce point.
    Pour l’instant, Habibi aurait eu ma faveur. Mais j’ai quand même trouvé que Polina était un excellent album.

    Par Mo’ le 02/01/2012 :

    C’est étonnant de constater, d’une chronique à l’autre, comme tout à l’air d’être question de rythme pour cet album. Encore une fois, un album de Vivès où on suit le tempo d’emblée… ou pas. J’avais aimé « Le gout du chlore » mais je sais que l’ambiance en avait laissé plus d’un de marbre. « Polina » semble construit sur la même « sensibilité » : les avis sont tranchés, ça passe ou ça casse mais les avis ne sont jamais mitigés
    Il faut vraiment que je lise cet album

    Par Lunch le 03/01/2012 :

    Je pense que c’est un album à lire dans tous les cas. Franchement je partais avec un vilain a priori et finalement, j’en suis ressorti plutôt satisfait. L’histoire va au-delà de la danse, il y a de l’affectif qui se développe.

    Par Lunch le 07/04/2012 :

    Ben voilà, tu l’as lue. C’est pas beau les préjugés 🙂

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