Rébétiko – La mauvaise herbe

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12 décembre 2011 par Lunch

rebetiko

Lunch

Lunch

Octobre, 1936.
Quand Stavros se lève… qu’elle heure est-il ? Le soleil est en tout cas déjà haut et la journée promet d’être longue.
Ce soir comme tous les soirs, il jouera du Bouzouki au Mikra-Asia jusqu’à l’aube, s’enivrant de Haschich au narguilé.
Mais avant ça, il va devoir se rendre à Singrou. Markos doit sortir aujourd’hui après six mois de taule. C’est l’heure des grandes retrouvailles, la bande pourra enfin être de nouveau réunie.

Le Rébétiko est un genre musical bien particulier. Né en Grèce, il est le fruit de l’immigration Turque, se nourrissant chaque jour des malheurs des bidonvilles.
Ces musiciens, bien que reconnus pour certains, sont pourchassés, arrêtés et maltraités. La faute à Métaxas, un dictateur nationaliste qui prit le pouvoir en 1936 et qui luttait contre ce fléau des bas-quartiers, le Rébétiko étant associé à la contrebande, à la drogue et aux bagarres dans les bars.
C’est de cette population là, vivant sous le regard de la police, dont David Prudhomme a voulu nous parler.

Il y a plusieurs thèmes qui sont abordés dans cet album d’une centaine de pages. La musique bien évidemment en premier lieu.
On y voit des musiciens jouant des instruments à corde qui peuvent nous paraître bien exotiques à nous français, faisant pourtant fureur dans les quartiers Athéniens. Pour ma part, je n’avais jamais entendu parler de Bouzouki – un luth à manche long – ou de Baglama – le même en plus petit.
La musique est accompagnée d’un chant qui vient des tripes, qui raconte la misère, la fumette, les femmes et la douleur. C’est une sorte de Blues Grec en somme, où l’improvisation reste une discipline reine.

Et puis d’autres thèmes, plus violents, viennent se greffer à ça.
On ressent la dictature en place dans le pays. On ressent cette répression qui fait froid dans le dos. Il ne faisait pas bon être immigré à l’époque, alors pensez-donc, un immigré musicien ! Les instruments étaient cassés ou au mieux simplement confisqués, leurs maîtres étaient jetés en prison.
Outre l’aspect politique, le récit développe aussi la vie dans les quartiers pauvres. Une vie où le vol était monnaie courante, où les gens préféraient vivre le moment présent ne sachant pas s’ils seraient encore là le lendemain. Il faut dire qu’il y avait des clans, que certains n’hésitaient pas à trahir, tromper ou vendre… et que les querelles se réglaient souvent à coups de surin dans le lard.

Plus j’y repense, et plus je trouve ce livre bien fait. Il porte un regard sur le monde salué par un prix taillé exprès pour lui durant le festival d’Angoulême 2010.
Le dessin, coloré, sent bon le soleil qui tape fort dans le ciel des pays méditerranéens. Les visages sont expressif, pour certains ils dégagent même une certaine classe. Le personnage de Stavros en est le parfait exemple, toujours bien habillé avec son chapeau visé sur le crâne et un air de cador.
Côté scénario, c’est l’histoire d’une nuit qui dégénère. De part sa longueur, elle parvient à capter tous les détails de ce climat ambiant particulièrement tendu de l’époque.
Si j’ai un reproche à faire à cette bande dessinée, ce serait plutôt sur son aspect musical. Je ne suis pas parvenu à ressentir le rythme des airs entonnés. Au contraire du Blues d’un Meteor Slim, qui pour moi est d’un genre plus connu, je me suis senti perdu avec ce Rébétiko là… mais le scénario est indéniablement plus abouti.

Badelel

Badelel

Aujourd’hui, je vous invite à aller planer au son des bouzoukis un narguilé au bec, car Rébétiko nous entraine sur les traces de la diaspora turque en Grèce en 1936. Une société marginale que le gouvernement dictatorial de Métaxas persécute, mais surtout des hommes qui ont gardé leur identité et leur liberté jusqu’au bout : celle de fumer, de jouer de la musique et de profiter de la vie sous les couleurs chaudes de d’Athènes et de David Prudhomme.

Leur musique, le rébétiko, est véritablement au centre de leur existence. A la lecture de cette petite centaine de pages, on découvre ce son trippant sans en avoir jamais entendu une seule note. Je n’ai même pas eu la curiosité d’aller écouter ça sur Internet, ça ne m’a pas paru utile parce que le rythme langoureux du rébétiko résonne dans les cases.

Marrant ça : j’ai été incapable de retrouver la musique du blues dans Le rêve de Meteor Slim alors que 1. tout le monde a été saisi par cette ambiance (sauf moi donc) et que 2. j’avais du blues en fond sonore. Mais au contraire, alors que je ne crois pas avoir jamais entendu une seule note de rébétiko, j’ai littéralement plongé dans leur musique à la lecture de l’album.

Par ailleurs, les personnages semblent être hors du monde. Devenus hors-la-loi par la seule pratique de leur art, ces musiciens se rient du dictateur et de ses interdits, ridiculisent les policiers et les producteurs. Ils cultivent leur indépendance avec cette musique proche de ces exilés qui viennent les écouter dans les bars, et celui qui se laisse tenter par les échos de l’Amérique et des dollars perdent leur âme de rébète. Ce qui transparait chez ces hommes, c’est l’insouciance et l’authenticité.

Une BD qu’on lira donc avec ce même état d’esprit. C’est une lecture hors du temps, une détente, une pause dans notre quotidien, que l’on savourera d’autant plus si on rame pour trouver le temps de lire. Si vous êtes overbooké : lisez donc Rébétiko !!!

roaarrr

– Prix Regard sur le monde Angoulême 2010

Rébétiko – La mauvaise herbe (One shot)
Scénario : David Prudhomme
Dessin : David Prudhomme
Édition : Futuropolis 2009
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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