Abélard #1 : La danse des petits papiers

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31 octobre 2011 par Lunch

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Lunch

Lunch

La vie est belle au marais, plus que belle même. Y’a rien de mieux ailleurs !
Les hommes y vivent heureux, sans contrainte, jouant aux cartes jusqu’à pas d’heure, péchant les poissons dans l’eau calme, sirotant quelques bières sur la berge les yeux posés sur l’horizon, des étoiles pleins les yeux.
Abélard est encore un petit poussin alors que les autres ont un peu bourlingué à droite à gauche avant d’arriver ici. Lui, il est né dans le marais, il n’a connu que cet endroit. Il profite du moment présent sans attacher d’importance à autre chose, laissant vagabonder ses pensées au rythme des notes de sa petite guitare. Son chapeau, source de proverbes intarissable, lui délivre chaque fois qu’il le retourne une maxime. D’une naïveté extrême, il ne comprends pas toujours ce que ces adages signifient, ni même les pensées des adultes qui l’accompagnent. Il a des rêves plein la tête et se pose des tas de questions. Un jour, il décide de partir…

« Quelle purée de pois… Une chance que tu sois tombé sur nous. Tout seul dans ce brouillard, tu te serais perdu.
_ C’est étrange, le brouillard plus on le regarde de près, moins on le voit. Chez moi, il y en a souvent le matin. Il arrive pendant la nuit sans faire de bruit. Il glisse sur l’eau, il s’étale sur le matais et puis il disparaît. Je me demande d’où il vient.
_ Du ciel. Le brouillard, c’est un nuage qui est tombé par terre.
_ Où est la pluie ?
_ La pluie ? Quelle pluie ?
_ Mon ami Mikhaïl dit que les nuages sont de gros sacs pleins de pluie.
_ Ha Ha Ha ! C’est bien une réflexion de Gadjo ! Les nuages… des sacs de pluie… Ouh ouh ouh ! Comme si on pouvait enfermer la pluie dans un sac !
_ Ben alors… d’où elle vient, la pluie ?
_ Des nuages ! »

Petit garçon deviendra grand.
On peut pas dire qu’Abélard soit très précoce, malin, ambitieux, etc… C’est vraiment la naïveté qui le caractérise le plus. Il ne connaît rien du monde, mais il a envie de le découvrir et de voir de ses propres yeux à quoi il ressemble, bien loin de se douter de tout le mal qui sévit ailleurs et de la bêtise des gens. Pour lui qui a vécu toute son enfance dans un milieu où il fait bon vivre, où tout le monde est adorable et où rien ne compte plus que la tranquillité, affronter le monde relève d’un sacré défi.

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »

Au début, je me suis demandé où Régis Hautière, le scénariste d’Abélard (mais aussi d’Accords sensibles, De briques & de sang, Pendragon…), voulait nous amener avec ses multiples dictons sortis d’un chapeau comme par enchantement. Ce chapeau m’avait tout l’air d’un artifice, d’un prétexte pour caser plein de métaphores sympathiques. C’est finalement plus que ça, puisqu’il fait office de conscience pour Abélard. Mais ce n’est pas pour autant son seul guide puisque chaque rencontre qu’il fera lui apprendra les choses de la vie (si tant est qu’il puisse les comprendre).

Outre l’aspect « mignon » que le récit développe, fortement appuyé par le graphisme tout en rondeur de Renaud Dillies (à qui l’on doit aussi Betty Blues ou Bulles & nacelle), l’innocence d’Abélard fait le parfait contrepoids à la bêtise humaine. Les situations auxquelles notre protagoniste principal se retrouve confronté auraient de quoi faire fuir la plupart des gens censés, mais lui n’a pas cette vision malsaine et toute faite de la société qu’ont les adultes. Il ne voit pas le mal ou le vice, au contraire, sans le vouloir lui-même, il le dénonce. Et c’est ça qui fait tout le charme de ce personnage alors que d’autres un peu moins naïfs nous auraient juste donné envie de leur mettre des claques.
Ainsi, il se retrouve confronté au racisme, à l’exclusion, à la violence. Et sans jamais rien comprendre des choses il parvient à décontenancer tout le monde (d’ailleurs, on se demande parfois qui est le plus naïf, du coup).

« La race, c’est quand on est pareils mais complètement différents, c’est ça ? »

Et si Abélard n’était pas après tout notre petite voix à nous ? Ne nous aiderait-il pas à dédramatiser un peu les choses qui nous entourent ?

Badelel

Badelel

Régis Hautière nous emmène sur les pas d’un jeune aventurier amoureux et naïf. On aime l’âme de ce personnage, aussi pure que celle d’un enfant. Il se fie aux maximes tirées de son chapeau pour prendre ses décisions et son regard innocent tourne en ridicule les aspects les plus laids de l’humanité (pour me prêter au jeu des citations qui plait tant à Lunch : « La race, c’est quand on est pareils mais complètement différents, c’est ça ? »).

Pour accompagner cette histoire, Dillies a sorti ses vieux feutres, offrant un trait à la fois plein de rondeurs et de flous, avec une végétation qui complète la dimension onirique du dessin. Lui qui nous habitue à des petites histoires pleines d’innocence, il s’intègre pleinement dans l’univers d’Abélard. Les pinceaux de Bouchard en tons pastels, presque sépias, renforcent cette impression de se promener dans un rêve.

Un très bel album que l’on referme en se demandant bien où Hautière veut nous emmener…

Abélard #1 : La danse des petits papiers
Scénario : Régis Hautière
Dessin : Renaud Dillies
Couleurs : Christophe Bouchard
Édition : Dargaud 2011
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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2 réflexions sur “Abélard #1 : La danse des petits papiers

  1. Lunch dit :

    Par Choco le 31/10/2011 :

    Alors, ça y est, vous l’avez attaqué ! 🙂
    Vous allez voir, c’est étonnant la différence avec le tome 2 qui donne vraiment tout son sens au diptyque.

    Par Lunch le 31/10/2011 :

    On en parlait tout à l’heure avec Badelel. Ce premier tome est intéressant, il bouscule un peu, on ressent bien quelque chose qui va venir sur le second opus.
    Mais on attend de voir ce qu’il nous réserve ce tome 2, parce que pour l’instant c’est bien, mais il manque encore une petite étincelle.

    Par Mo’ le 31/10/2011 :

    C’est vrai que je vous trouve séduits mais pas emballés pour autant. En revanche, la poésie du scénario ressort dans vos avis. J’espère que vous aimerez le second tome

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  2. […] Renaud Dillies, consacré à Angoulême pour son premier album Betty Blues (Alph-Art du meilleur premier album 2004), est entré par la grande porte dans le petit monde de la bande dessinée. Il enchaîne les livres, tous aussi beaux les uns que les autres, y appliquant la même patte personnelle qui a fait sa consécration. C’est ainsi que naissent des albums comme Bulles & Nacelle ou Mélodie au crépuscule, en solo, ou quelques collaborations avec Régis Hautière, avec Mr Plumb et plus récemment Abélard. […]

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