Le rêve de Meteor Slim

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23 octobre 2011 par Lunch

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Lunch

Lunch

Edward Ray Cochran décide de tout plaquer, sa femme enceinte et sa vie prospère, pour partir à l’aventure, pour arpenter les routes avec sa seule guitare et sa voix sur la piste du Blues !
Il fait alors une rencontre qui changera à jamais sa vie, celle de Robert Johnson. Rien ne compte plus pour lui que le moment présent, à improviser des chansons avant tout pour se faire plaisir et emballer les frangines.
Edward croisera le chemin de cet homme à plusieurs reprises, et apprendra de lui comme d’un mentor ou d’un ange-gardien. Il deviendra Meteor Slim !

Si Meteor Slim est un personnage fictif, certains des artistes qu’il croise ont eux, réellement existé. À commencer par Robert Johnson, l’un des plus grand Bluesman de tout les temps (lui-même ne le sait pas encore à ce moment là).
Le rêve de Meteor Slim pourrait être de celui de tous ces Bluesman des années 30′, vivant au rythme de leur musique.

« Vous êtes déroutant vous, un jour vous êtes au plus haut, l’instant d’après vous êtes tout en bas. »

Il en faut du cran pour tout plaquer comme il le fait, pour abandonner sa famille pour une passion qui naît. L’homme n’est pas un saint mais il aime la musique plus que sa propre vie. On peut parfois le détester, surtout lorsqu’il incarne le parfait looser, ou au contraire l’apprécier l’instant suivant, lorsqu’il a retrouvé de sa superbe. Cela ne l’empêche pas d’avoir des remords, d’être touché par la détresse… heureusement, l’alcool est là pour l’oubli, et une guitare à la main il n’a peur de rien (pour reprendre les paroles de Jean Jacques Goldman).
Le Blues, c’est l’improvisation, c’est ce sentiment de liberté qu’il crie à la face du monde.

Cette liberté qui coule du Blues lui-même, on la ressent tout le long de notre lecture, bercés par ce son qui transpire dans chacune de ces phrases enveloppée de ses quelques notes de musique. Je trouve même dommage de n’avoir pas mis Robert Johnson en fond sonore (je me rattrape pour la rédaction de cette chronique. Ouf !).
Et c’est là un véritable exploit qu’a accompli Frantz Duchazeau tant l’exercice est difficile. Il le réalise avec brio, nous donnant même envie de chanter (si ce n’est que je n’ai pas du tout la fibre musicale ^^), avec ces Mmmmmmm qu’on entend résonner comme si nous étions à côté de Meteor Slim et sa bande lors de leurs expressions scéniques.

« If I send
For my baby and she don’t comme,
If I send for my ba-by man, and she don’t come,
All the doc-tors in hot springs sure can’t help – her – none,
Shoot my pis-til, gon-na shoot – my gat-ling gun, gonna shoot – my »

Cette chanson est interprétée par Robert Johnson dans l’album. Si l’on s’en réfère à la vie éphémère de l’artiste (mort à 27 ans, comme tous les grands artistes), qui a perdu sa femme et son enfant sur le point de naître lors de son accouchement, elle prends tout son poids.
Meteor Slim et Robert Johnson ne font que se croiser dans l’album, même si c’est récurrent. Sans le savoir, ils mènent une vie faite de multiples points communs.

Frantz Duchazeau, à qui l’on doit quelques collaborations avec Fabien Vehlmann (Les cinq conteurs de Bagdad, La nuit de l’inca…), a fini par trouver sa voie avec Meteor Slim, puisqu’il a depuis signé deux autres albums sur la musique que sont Les jumeaux de Conoco station (2009) et Lomax (2011).
Depuis Les vaincus (2007), il incarne à la fois le rôle du scénariste et du dessinateur, arborant à chaque fois cette expression noir et blanc, qui pour Meteor Slim, colle si bien au récit.
Un trait aux allures parfois si simples et pourtant tellement expressif et plein de force, alternant ça et là quelques cases dont le graphisme fouillé laisse songeur.

Un beau livre, carré, à l’édition soignée, et qui sent bon le Blues !

Badelel

Badelel

Addendum du 03/12/2011

A propos de Meteor Slim, on m’a souvent dit : « Quand tu lis cette BD, tu as l’impression d’entendre la musique ». Bon ben avouons-le, je n’y connais rien au blues, et on dira que c’est à cause de ça hein… Donc non, je n’ai pas eu la musique au bord des lèvres en le lisant. Je l’ai eu dans les oreilles parce que Lunch a eu la bonté de me mettre du Robert Johnson pendant ma lecture mais ça s’arrête là.
Cela dit, j’avoue que le rythme lascif du récit s’accorde super bien avec celui du blues, c’est vrai ! Et pas seulement le rythme. Le trait style feutre usé (enfin c’est du pinceau avec de l’encre hein), les fonds sombres pénètrent l’ambiance calfeutrée qui se dégage habituellement de cette musique.

Sortie de ces considérations musicales, Le rêve de Meteor Slim, ses décors aussi bien ruraux que citadins, le vocabulaire… Tout ça m’a littéralement propulsée dans l’Amérique noire et sudiste des années 50, le contexte raciste en moins (forcément vu qu’il n’y a pas un seul blanc dans cette histoire, et on s’en passe très bien). En fait, le background a un côté paradisiaque. Il faut bien dire que Meteor Slim court un peu après la belle vie : la musique, les femmes, l’alcool, et surtout la liberté.

Côté dessin, c’est juste une pure merveille ! Les cordes de la guitare semblent vibrer sous les doigts du héros et le pinceau de Duchazeau. Les personnages gagnent en souplesse et en décontraction. Les ombres et les lumières sont maîtrisées avec un incroyable talent. Entièrement en noir et blanc, on n’imaginerait jamais une once de couleur s’immiscer, elle gâcherait tout !

Je n’ai pas « entendu la musique » de Meteor Slim, mais je l’ai dévoré des yeux et j’ai savouré son récit. En plus, le papier est de très belle qualité, tellement épais que j’ai plusieurs fois cru avoir sauté une page. A défaut de l’ouïe, il me reste la vue, le goût et le toucher, ce n’est pas si mal…

Le rêve de Meteor Slim (One shot)
Scénario : Frantz Duchazeau
Dessin : Frantz Duchazeau
Édition : Sarbacane 2008
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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3 réflexions sur “Le rêve de Meteor Slim

  1. Lunch dit :

    Par Choco le 30/10/2011 :

    Un petit coup de cœur pour moi que cette album ! Un très beau dessin et un album qui sent le blues comme tu dis ! Et cette fin…

    Par Choco le 30/10/2011 :

    Au fait, félicitations pour le flux RSS ! Et merci surtout 🙂

    Par Lunch le 30/10/2011 :

    Oui, j’ai pas parlé de la fin ^^
    Disons que le pseudo du personnage est très bien trouvé !

    Pour le RSS, faut surtout remercier mon pote qui nous a fait ça hier et qui était déjà à la base du site il y a quelques années (il nous avait transformé le site pour le rendre dynamique : du html au php).
    Mais oui, je suis plutôt content de voir une aussi belle nouveauté.

    Par Choco le 31/10/2011 :

    ça va m’aider à avoir un passage un peu plus régulier ici 🙂

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  2. […] de Frantz Duchazeau (Les jumeaux de Conoco station, Le rêve de Meteor Slim, Lomax) ne cesse d’explorer les contours d’une époque à la fois triste et pleine de […]

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  3. […] Je ne suis pas parvenu à ressentir le rythme des airs entonnés. Au contraire du Blues d’un Meteor Slim, qui pour moi est d’un genre plus connu, je me suis senti perdu avec ce Rébétiko là… […]

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