NonNonBâ

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9 septembre 2011 par Lunch

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Lunch

Shigeru est un garçon un peu turbulent, pas très bon en classe, mais c’est pas un mauvais bougre. Son temps, il le passe à jouer à la guerre avec ses camarades ou à dessiner. Le dessin, c’est pour lui une vocation, et il veut en faire son métier. Ce qu’il aime par-dessus tout mettre en image, c’est les Yôkaï, ces fantômes qu’on ne voit pas mais qui sont partout autour de nous. S’il peut les connaître et sentir leur présence, c’est à NonNonBâ qu’il le doit. Et les histoires de la grand-mère, il en est très friand !

NonNonBâ, c’est l’histoire très personnelle de Shigeru Mizuki, alors qu’il n’était encore qu’un enfant. c’est aussi le nom de cette grand-mère si particulière, très pauvre et très pieuse, dont l’auteur était tant attaché.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore ce grand auteur qu’est Shigeru Mizuki, il faut rappeler son parcours un peu atypique. Vous le lirez dans NonNonBâ, il se passionne très jeune pour les Yôkaï, ces fantômes à qui il vous une attention particulière dans pratiquement toutes ses œuvres.
À 20 ans, il est envoyé à la guerre en Nouvelle-Guinée. Ce qu’il vivra là-bas lui laissera de profonds traumatismes. Affaibli par la Malaria, il voit ses camarades tomber les uns après les autres, avant de rentrer au pays amputé du bras gauche. Bien des années plus tard, alors qu’il a 35 ans, il décide de revenir à ses premières amours et se lance enfin dans la bande dessinée.
Il écrit de nombreux albums sur les Yôkai, dont la célèbre série Kitaro le repoussant, mais aussi quelques mangas sur la guerre (Opération mort, Hitler).
NonNonBâ est le premier manga à avoir obtenu le prix du meilleur album au festival d’Angoulême, en 2007.

« Prier pour les autres ne me suffit pas pour vivre…. Alors, à partir d’aujourd’hui, je vais habiter chez toi…
_ Tout le temps ?
_ Eh oui…
_ Ouaiiis ! Alors tous les soirs, tu me raconteras une histoire de fantômes, dis ? »

NonNonBâ n’est pas vraiment une grand-mère comme les autres. d’une pauvreté extrême mais aussi d’un générosité exemplaire, elle ne cesse de prier et de raconter des histoire de Yôkaï. Les Yôkaï, c’est un peu donner un nom aux maux comme pour mieux les exorciser. l’éducation de NonNonBâ est très centrée sur cet héritage mystique, ce qui dégage un sentiment très fort à la lecture :
Il faut bien laver partout pour que le Yôkaï de la saleté ne vienne pas, il faut prier à chaque temple pour éviter d’attirer un autre Yôkaï, éviter de faire ceci ou cela… au final, c’est toute une éducation qu’elle dispense à Shigeru. Elle lui inculque les bases d’une vie saine et intelligente.

L’éducation, c’est vraiment un principe fondateur de ce manga. Il en est question en permanence.
Il faut dire que les notes de Shigeru frisent le zéro. Mais il a la fibre artistique… on se demande bien de qui il tient !
Son père est quelqu’un de plutôt rêveur. Il a toujours considéré qu’il suffisait d’avoir juste assez d’argent pour pouvoir manger. De même, après tout, il convient également de travailler juste assez à l’école pour avoir ses examens. Une attitude qui influence sûrement Shigeru. D’ailleurs, ils sont tous les deux sur la même longueur d’onde lorsqu’ils s’inventent les dialogues d’une histoire.
La mère de Shigeru, elle, revendique haut et fort l’héritage de ses ancêtres, des samouraïs ayant obtenu un nom, un sabre et trois greniers. Malheureusement, la fortune familiale a été bien dilapidée depuis.
Malgré tout, les deux parents voient bien le talent de Shigeru au dessin et l’encouragent dans cette voie. Si le père lui offre sa première boîte à peinture à l’huile, sa mère veut toujours avoir la primeur de lire une nouvelle histoire que son fils dessine. Ils sont ses premiers fans !

« Hé ! Faut pas jouer avec les filles, ça rend faible ! »

Cette phrase que Shigeru dit plusieurs fois à son petit frère est tout un symbole. Nous sommes dans un japon ses années 30′ et à cette époque là, les enfants jouaient à la guerre pour faire comme les grands. Il fallait être fort, les filles c’était le sexe faible, la facilité.
Pourtant, ce sont ses rencontres avec les filles qui ont donné le plus de maturité à Shigeru…

Au début, il y a eu la petite Matsu-chan. Mais elle a rapidement disparu, victime de la rougeole.
Shigeru se lie ensuite d’affection pour Chigusa-san, une jeune fille gravement malade dont s’occupe NonNonBâ. Elle devient très vite sa meilleure amie avant de succomber de la tuberculose.
La dernière épreuve est bien différente, puisque Shigeru fait la rencontre de Miwa-chan, une adorable petite fille qui sait parler aux Yôkai. Il est très ami avec elle et se rend vite compte que les personnes qui s’occupent d’elle ne sont pas ses vrais parents et qu’ils trainent dans des affaires louches : ce sont des vendeurs d’enfant, Miwa-chan est vouée à être vendue à un réseau de prostitution.

Vous l’aurez compris, NonNonBâ est un manga très complet et apprécié à sa juste valeur.
La mort y est abordée de façon crue, sans retenue. c’est beau et c’est triste à la fois, c’est émouvant et ça relate ces choses de la vie contre lesquelles on ne peut rien.
C’est véritablement un petit bijou qui mérite qu’on s’attarde dessus.

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Badelel

NonNonBâ est un récit assez particulier dans le paysage du manga. Fantastique, il s’imprègne de l’ambiance des petites villes de campagne japonaises et des superstitions qui y fleurissent. Après tout, le Shintô relève plus du chamanisme que de la religion à proprement parler. Les croyances japonaises sont bourrées de démons de toutes sortes que des pratiques et cérémonies bien spécifiques permettent d’amadouer. Shigeru Mizuki est d’ailleurs réputé pour ses mangas qui traitent des esprits et des créatures mythologiques, notamment avec Kitaro le Repoussant.

L’originalité de cet album vient du caractère auto-biographique qui s’entre-mêle au caractère fantastique : la bande de copains, les frangins, les frasques paternelles, ses premiers pas en manga et bien sûr la vieille NonNonBâ et ses histoires de Yokai… Mizuki présente clairement ce manga comme traitant de son enfance, tout en présentant ses aventures avec les Yokai comme des faits réels. Et il ne s’agit pas seulement de sensations et d’intuitions comme on pourrait le croire au début : certains Yokai se présentent à lui, tel Azuki hakari, l’esprit un peu fou fou. Du coup, NonNonBâ est peut-être le témoignage de l’auteur qui chercherait à convaincre son public de l’existence de ces créatures, ou peut-être le rêve que tout ça aurait pu être possible.

Enfin cette histoire propose une troisième dimension : la relation au monde. En ces années 30, au fin fond de la campagne japonaise, les décès semblent être monnaie courante, en particulier chez les enfants. Seul le décès de la cousine Chigusa semble vraiment affecter Shigeru, ainsi que, plus tard, la vente de la petite Miwa à une maison de Geisha, mais même là, grâce à l’univers fantastique de l’auteur, ces événements sont présentés de façon très philosophique.

Au final, ce manga est une œuvre qui donne une bonne leçon de vie dans notre société ultra-moderne et consommatrice où règne la peur de la mort. Elle remet en place des valeurs traditionnelles et relativise sur le sens de la vie et de la mort. Un petit pavé assez vite lu par ailleurs.

roaarrr

– Prix du meilleur album – Angoulême 2007
– Japan Expo Awards de la Meilleure Fabrication 2012

NonNonBâ (One shot)
Scénario : Shigeru Mizuki
Dessin : Shigeru Mizuki
Édition : Cornélius 2006
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.

Une réflexion sur “NonNonBâ

  1. […] (Kitaro le repoussant, NonNonbâ, La vie de Mizuki), comme de nombreux artistes avant lui, proposera sa vision des 53 stations de […]

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