From Hell

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6 avril 2011 par Lunch

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Lunch

From hell

Mr Lusk,
Sor
I send you half the Kidne I took from one women prasarved it for you tother piece I fried and ate it was very nise. I may send you the bloody knif that took it out if you only wate a whil longer

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Catch me when you can Mishter Lusk

Whitechapel, Londres, 1888. Un tueur en série arpente les rues sombres la nuit et assassine des prostituées. Son mobile ? Nul ne l’a jamais su. La liste des suspects est longue, mais à ce jour, l’enquête n’a jamais été élucidée.
Un simple nom revient sans cesse, inventé de toute pièce : Jack l’éventreur.

« Si vous avez l’œil pour ces choses-là, vous verrez que les accusés sont souvent attirants. »
Franz Kafka

Alan Moore, en signant From Hell, s’attaque au plus grand mystère de la criminologie. Jack l’éventreur est aujourd’hui plus qu’un criminel, c’est une légende. Mais n’oublions pas les faits, car si Scotland Yard n’est jamais parvenu à trouver le meurtrier (il y a eu des arrestations, mais l’identité du tueur n’a jamais été trouvée), les crimes de ces prostituées étaient bien réels… des massacres sans nom !

Pour écrire l’album, auréolé du Prix de la critique ABCD en 2001 et de deux Eisner Award en 1993 et 2000, Alan Moore a décidé d’accorder du crédit à la thèse de la conspiration royale soulevée dans le livre de Stephen Knight, Jack the Ripper : the final solution.
Le Prince Albert Victor de Galles aurait fauté et donné naissance à un enfant illégitime, et les personnes souhaitant faire chanter le pouvoir auraient été éliminées pour que l’affaire soit étouffée.
Une théorie tardive ayant néanmoins du succès, en raison du lien entre la famille royale et les meurtres.
Il s’agirait alors de Sir William Gull, médecin royal, qui aurait commis tous ces crimes sous couvert de la couronne.

Évidemment, le scénario d’Alan Moore se tient d’un bout à l’autre, l’auteur décrivant les faits tout en les appropriant au médecin.
Même pour le meurtre d’Elizabeth Stride, dont l’attribution à Jack l’éventreur est controversée, il trouve une explication rationnelle en mettant en scène le cocher. Personnage secondaire qui prend une place très importante dans l’histoire, et qui comble parfaitement toutes les incohérences soulignées lors de l’enquête.

Le titre, directement inspiré de la seule lettre considérée comme officielle par le tueur, est plutôt évocateur de la lecture qui nous attend.
Nous suivons avec une curiosité malsaine l’évolution de ce psychopathe né. Lui qui prenait plaisir à disséquer des animaux étant petit, nous le voyons suivre logiquement la voie de médecin puis, plus tard, celle de l’assassin. Petit à petit, il nous montre l’horreur, prenant le temps de discuter avec ses victimes pourtant déjà programmée mortes, empoisonnées par ingestion de Laudanum. Un monstre qui n’inspire que le dégoût, et qui pourtant, laisse entrevoir un certain génie dans la folie.

« Tous les cerveaux humains, y compris le vôtre, Netley, ont deux côtés : le gauche est la raison, la logique, la science ; nos vertus apolliniennes. Le droit est la magie, l’art et la folie, attributs dionysiens. C’est l’hémisphère inconscient de l’esprit, dont le symboles est la Lune. Seul un mince fil de cartilage relie les deux, évoluant à travers les siècles, un fil plus mince encore par le passé. »

Meurtre après meurtre, il y prends goût, passant du crime méthodique à la pulsion sanguinaire. Le dernier acte sonne comme l’apothéose, l’intime moment où l’hémisphère gauche rencontre le droit. Quand la folie a raison de l’homme, ou est-ce l’homme qui parachève l’accomplissement divin ?

« Je grimpais, Netley, toute ma vie je grimpais vers un unique sommet. À présent je l’ai atteint. Je me suis tenu debout, j’ai senti le vent. J’ai contemplé le monde à mes pieds. Maintenant, il ne me reste plus que la descente. Que la vallée. Ah, si j’avais pu mourir là, Netley, dans cette lumière au-dessus des nuages. »

Il y aurait tant à dire sur le scénario que ça occulterait presque le dessin d’Eddie Campbell. Beaucoup diront que c’est justement le point faible de l’album. Je suis d’accord, mais en partie seulement.
Tout d’abord, il fallait un dessin de ce style, haché, nerveux, qui correspondait tout à fait à l’image que l’on peut avoir d’un tueur en série. Un style graphique qui se rapproche de la gravure, tout de noir et de blanc, qui illustre parfaitement le Londres du 19ème siècle. D’ailleurs, je trouve qu’Eddie Campbell dessine à merveilles toutes ces rues, tous ces monuments.
En revanche, je suis plus mesuré sur le rendu des personnages et surtout des visages. C’est brouillon et c’est dommage.

Pour conclure, j’ai aimé la folie qui se dégage du personnage de Sir William Gull. Même si on ne sait pas qui est réellement Jack l’éventreur, on a envie de croire à cette théorie tant le résultat nous paraît plausible.
L’histoire de Jack l’éventreur a quelque chose de fascinant, entre mystère et légende. Je trouve une nouvelle fois incroyable la façon dont Alan Moore conçoit son scénario. C’est dense et c’est limpide d’un bout à l’autre.

J’ai particulièrement apprécié deux chapitres.
– Celui où William Gull propose un voyage occulte dans Londres à son cocher, associant l’architecture Maçonnique, l’histoire et la religion.
– Et puis bien entendu le meurtre de Marie Kelly. Ça peut paraître fou d’aimer un passage aussi sordide, mais si vous lisez l’album, c’est impossible de ne pas être pris dans la lecture et de ne pas sentir montrer l’adrénaline. C’est superbement décrit, on ressent la folie de l’assassin au travers de ses visions et les mots qu’il emploie. C’est la scène la plus importante de cet album.

Une mascarade à ne pas mettre entre toutes les mains… âmes sensibles s’abstenir !

(Pfiuu, c’est fou, avec tout ce que j’ai écrit, j’ai quand même le sentiment d’avoir oublié pleins de choses. J’en suis même intimement persuadé ^^).

 

Badelel

Addendum du 05/05/2011

Voilà un album qui secoue. D’un côté Alan Moore, qui a l’habitude de promener ses lecteurs là où il veut. D’un autre côté le mythe de Jack l’éventreur qui aura fait couler de l’encre depuis plus d’un siècle et qui est toujours soumis à toutes sortes de théories. Et pour compléter le tableau, un pavé de 500 pages (600 avec les pages bonus).
Autant dire qu’il vaut mieux être enthousiaste pour ouvrir ce bouquin, et bien s’accrocher pour le terminer. Loin d’aller de soi, la lecture de From Hell est ardue. Certains passages sont d’une telle longueur qu’on passerait volontiers au chapitre suivant, mais faisons plutôt confiance à Alan Moore et poursuivons : si le lecteur se fait balader, l’auteur lui, il sait où il va. D’ailleurs, j’ai fermé ce bouquin avec le terrible sentiment que ces longueurs sont la clef de voute d’un effet tout particulier : l’impression constante de « déjà vu ».
L’auteur a dispersé les indices en faisant souvent abstraction de la temporalité, de sorte que, lorsqu’on retombe sur l’événement (plusieurs jours de lecture plus tard) dans son ordre chronologique, on perd pied. Peut-être de la même façon que « Jack » perd pied avec la réalité ?…
Voilà sans doute la note d’originalité que je n’ai pas réussi à trouver dans l’histoire elle-même. L’ouvrage, très renseigné, s’écarte assez peu des théories déjà développées sur Jack l’éventreur. Certains éléments viennent bien sûr donner de la crédibilité à des théories toujours bancales, mais je n’ai pas eu le sentiment d’une grande révélation.

En tous cas c’est une BD qui installe véritablement son ambiance dans les rues sordides de Londres, grâce à un scénario bien mené et au graphisme très sombre d’Eddie Campbell. Celui-ci, avec ses hachures d’encre, imprègne le climat humide de la capitale anglaise (on croirait sentir le crachin britannique nous tomber dessus) aussi bien que l’atmosphère glauque de l’histoire. Certains reprocheront sans doute encore le choix graphique difficile de Moore, mais à moi, il me semble que si ce n’est pas le plus abordable de tous, il reste le moins rebutant à l’ouverture du livre. D’ailleurs au final, comme d’habitude, c’est finalement le plus judicieux pour la mise en valeur de l’esprit de la BD.

roaarrr

– Will Eisner Award de la meilleure histoire publiée sous forme de feuilleton 1993
– Will Eisner Award du meilleur album (matériel réédition) 2000
– Prix de la critique ACBD 2001

From Hell (One shot)
Scénario : Alan Moore
Dessin : Eddie Campbell
Édition : Delcourt 2000
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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4 réflexions sur “From Hell

  1. Lunch dit :

    Par Mo’ le 06/04/2011 :

    J’ai eu beaucoup plus de mal que toi avec le rendu des visuels. On distingue mal les personnages, les détails… constat qui est à son paroxysme sur les scènes nocturnes. Cela a certes l’avantage d’augmenter la tension ambiante de l’album mais…

    Par Lunch le 06/04/2011 :

    J’ai remarqué que c’était un reproche qui été souvent fait à Alan Moore de ne pas savoir s’entourer de dessinateurs à la hauteur de son talent.
    Là encore, c’est sûr, je pense qu’on aurait pu mieux faire.

    Même si le choix du graphisme est volontaire à chaque fois pour obtenir l’ambiance parfaite pour un album, je comprends pas trop comment il sélectionne ensuite les dessinateurs.

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  2. […] de défendre le célèbre criminel. Pour cela, il échafaude, un peu comme le fait Alan Moore dans From Hell pour Jack l’Éventreur, une histoire dans laquelle Landru est le larron de la farce bien […]

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  3. […] les gestes… Mon ami Dahmer s’inscrit dans la lignée d’ouvrages tels que From Hell ou Henri Désiré Landru, des œuvres ayant pour principal protagoniste un criminel qui fait subir […]

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  4. […] encore un bon coup. Un dessin que je rapprocherais un peu au travail d’Eddie Campbell dans From Hell. On finit par s’y faire, ce n’est pas non plus désagréable, c’est juste cette […]

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