Quai d’Orsay – Chroniques diplomatiques #1

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30 décembre 2010 par Lunch

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Lunch

Lunch

C’est un jour important pour Arthur Vlaminck, car il a rendez-vous avec son avenir. Et pas n’importe lequel puisqu’il doit rencontrer Alexandre Taillard de Vorms, le ministre des affaires étrangères. Celui-ci doit lui proposer le job de sa vie : devenir l’un de ses conseillers et écrire ses discours. Il est à ce moment là bien loin de s’imaginer la complexité de son nouveau travail.

Une bande dessinée qui traite de politique. Ça demande un minimum d’attention. Et d’autant plus lorsqu’elle est nominée dans la sélection d’Angoulême 2011.
En un sens, je comprends l’engouement. Il y a une force incontestable qui se dégage dans chaque trait. Il y a du mouvement, c’est dynamique. On ressent parfaitement l’oppression, le stress, l’angoisse des personnages. Il y a une pression monstre qui ressort du dessin, des bulles ou des onomatopées (dont les omniprésents VLOM, traduisant la vitesse des passages éclairs du ministre, qui ne laisse jamais vraiment le temps aux autres protagonistes d’en placer une).

Maintenant, même si j’avoue trouver le récit original, je ne lui ai pas non plus trouvé de saveur particulière. C’est incontestablement un bon album, mais il ne me touche pas plus que ça. Une lecture qui me permet en tout cas de découvrir le travail de Christophe Blain, et ça c’est plutôt une bonne surprise.

À noter qu’Abel Lanzac a été employé dans le dit ministère, et c’est là qu’il y a puisé son inspiration pour l’album. Dominique de Villepin incarnerait donc le portrait du ministre du temps où il était en charge des affaires étrangères. Un personnage montré comme toujours en avance sur les pensées des autres et un homme pressé… qui ne laisse pas indifférent.

Une petite allusion à Tintin est faite page entre la page 37 et 39 : « Un bon discours, c’est un discours dont on se souvient. C’est comme « Tintin ». Vous avez lu « Tintin » ? Vous vous en souvenez ? Pourquoi vous vous en souvenez à votre avis ? ». Le ministre se sert de ça pour expliquer à ses collaborateurs pourquoi ils se sont plantés dans la mise au point du discours. Et on comprend. Et c’est génial (oui Badelel, tu vois, c’est bien Tintin, c’est monsieur le ministre qui le dit).

Autres planches qui m’ont beaucoup plu : le rêve du ministre (pages 91 et 92). L’utopie d’un futur fait de paix, et qui a son héros. Un univers futuriste génial qui tient sur toute la page 92 conclut le rêve. Le travail est ahurissant et complètement hors du temps.

Badelel

Badelel

La petite histoire de cet album : Abel Lanzac est un pseudonyme. Derrière ce scénariste se cache un ancien collaborateur de Dominique de Villepin aux Affaires Étrangères. Et Dominique de Villepin se cache lui-même derrière le ministre Alexandre Taillard de Vorms, personnage quasi-principal de cette BD. C’est bon, on est dans le bain de la politique diplomatique, on sait où on met les pieds. Ou plutôt non, on est prêts pour le découvrir, car l’univers dépeint dans Quai d’Orsay est un OVNI de la bande dessinée franco-belge. Il fallait l’oser, Lanzac (?) et Blain l’ont fait.

Dès les premières pages, on est dans l’ambiance. Face à Arthur Vlaminck, jeune « héros » timide et sans expérience, tout est gigantesque (décors, interlocuteurs) et tout va très vite, surtout le ministre.

Le ministre. Tout un personnage. Il ne laisse le temps à personne. Il va droit au but, et tout doit aller vite. Il entre, il parle, il sort. Son grand nez a sans doute été placé là pour améliorer l’aérodynamique de son corps grand et carré version armoire à glace. Deux mots pour le dépeindre : « synthétique » et « VLON » (le bruit que fait immanquablement la porte quand il entre et quand il sort). Il a aussi de la présence, du charisme, il en impose, autant par sa taille que par ce qu’il dégage.
Son livre de chevet : Les Fragments d’Héraclite, semble contenir tout le savoir du monde et de la diplomatie. N’oublions pas non plus l’indispensable Stabilo®. Ces petits objets qui donnent au personnage une dimension rocambolesque.

Tout va dans le sens de la vitesse : textes rapides, personnages speeds, images pleines de mouvement (la speedline des mangas face au trait de Blain, c’est comme me comparer moi sous ma douche face à la Callas), onomatopées à chaque mouvement du ministre, multiplication des bras et des mains à faire pâlir d’envie l’Homme de Vitruve et un rythme presque étouffant.

Bref, on entre directement dans la peau d’Arthur, on est complètement intimidé par ce personnage atypique et noyé dans ses instructions contradictoires et d’apparence abusives. D’ailleurs, dans cette ambiance folle, le jeune Arthur évolue. Du jeune thésard ambitieux mais mal à l’aise, il devient au fur et à mesure plus sûr de lui, plus analytique, plus complice avec ses collègues aussi, mais surtout plus distant dans sa vie privée avec sa copine.

Dans ce cabinet ministériel, on voit défiler les rencontres au sommet (OTAN, Europe, représentants étrangers). Les drames internationaux se font et se défont, les crises les plus graves sont résolues, mais à côté de ça, il semble qu’on est hors du monde, loin du quotidien, loin des gens.

J’y ai aimé certains passages en particulier, aussi parlants du point de vue graphique et scénaristique : le train page 53 (la secrétaire du chef de cabinet qui tente d’empêcher le ministre d’entrer dans le bureau et qui le compare à une locomotive) et la comparaison entre Tintin et le discours diplomatique pages 38 et 39.

Quai d’Orsay – Chroniques diplomatiques #1
Scénario : Abel Lanzac & Christophe Blain
Dessin : Christophe Blain
Couleurs : Christophe Blain & Clémence Sapin
Édition : Dargaud 2010
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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3 réflexions sur “Quai d’Orsay – Chroniques diplomatiques #1

  1. Lunch dit :

    Par Yaneck le 08/01/2011 :

    Tout à fait d’accord avec vous deux sur le dynamisme de cet album. Christophe Blain m’a bluffé. Mais graphiquement, il n’est pas à la hauteur de Mazzucchelli pour Angoulême.
    Lunch, serait-ce l’aspect trop politique de l’album, qui t’aurait ennuyé?

    Par Lunch le 08/01/2011 :

    Je sais pas.
    La politique ne me dérange pas. D’ailleurs, je n’ai pas vraiment l’impression que ce soit le fil conducteur de l’album. Il y a vraiment du mouvement, j’ai presque trouvé que le dessin de Blain dépassait le scénario, que Blain apportait beaucoup plus de poids à l’album que le scénario en lui même.

    Maintenant, j’ai lu cet album dans des circonstance un peu spéciales (j’étais à l’hôpital). Il faudrait que je le relise en étant posé, peut-être. Laissons passer un peu de temps.

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  2. […] et qui ferait de cet album le meilleur de l’année, devant Omni-Visibilis, Asterios Polyp ou Quai d’Orsay ? La réponse se trouve sûrement dans le traitement du récit, dans ce chassé croisé entre […]

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