Corto Maltese #1 : La ballade de la mer salée

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4 décembre 2010 par Lunch

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Lunch

Lunch

Alors que le Capitaine Raspoutine et son équipage fait cap sur Kaiserine pour y rencontrer un certain Von Speeke, son catamaran croise une chaloupe voguant paisiblement sur l’océan Pacifique après la tempête.
Dedans, deux jeunes gens : un garçon appelé Caïn et une fille du nom de Pandora.
Peu après, Raspoutine découvre ce bon Corto Maltese, ligoté à une planche de bois. Il décide de le sortir de ce mauvais pas, bien que l’occasion soit tentante de le laisser crever.

Oui je sais, j’ai honte, c’est le premier Corto Maltese que je lis. Et pour une première, on peut dire que j’ai été gâté, puisque mon album de La ballade de la mer salée est une édition anniversaire parue pour les 40 ans de Corto. En effet, Hugo Pratt imagine ce personnage en 1967 (pour une première édition française en 1975) et Casterman a décidé de marquer cette date par la sortie d’un livre de toute beauté, dans le format des planches originales. Autant vous le dire, ce n’est pas pratique à lire. Mais c’est un très bel objet !
À l’intérieur, il y a en plus de la BD une quinzaine de pages documentées pour continuer à parler de Corto Maltese à la fin de l’ouvrage.
Un album qui a reçu le prix de la Meilleure œuvre réaliste étrangère à Angoulême en 1976.

J’ai toujours vu Corto comme un grand voyageur, un marin très charismatique et charmeur. Mais j’ai été très surpris en le voyant affublé du titre de pirate (oui, j’étais peut-être un peu inculte sur le coup). Mais on oublie bien vite ce terme tellement il compte peu. Car Corto est avant tout un gentlemen, charismatique et charmeur. Et plutôt intelligent qui plus est.
Ce qui me plait le plus chez lui je crois, c’est ce côté sarcastique en toute circonstance et ses répliques de haute volée. Et puis il faut dire qu’il a plutôt la classe, comme marin !

« Ce que vous avez de mieux à faire, toi et Caïn, c’est de rester près de moi. Je porte bonheur.
_ Et vous pensez que vous allez toujours continuer à avoir de la chance aussi effrontément ?
_ Bien sûr ma chère… Quand j’étais petit, je me suis aperçu que je n’avais pas de ligne de chance, alors avec le rasoir de mon père… Zac, je m’en suis fait une comme je voulais.
»

La classe, c’est exactement tout ce que n’a pas Raspoutine, son meilleur ennemi. J’adore le duo qu’ils forment tous les deux, fait de gentilles disputes. Ils veulent en permanence se tuer mais s’entendent finalement plutôt mal, euh… bien ! Enfin, vous voyez ce que je veux dire ?

« Hé, Corto, mais où étais-tu passé ? Maudit bâtard !
_ Ah ! Parce que toi, ton père tu l’as peut-être connu ? … J’ai été me promener !
»

Ce sont là les deux personnages principaux évidemment. Mais il y a pleins de protagonistes secondaires qui ont tout autant de charisme et qui mériteraient qu’on parle d’eux : le lieutenant Slütter par exemple, Pandora aussi (plus que son frère Caïn je trouve, un petit effronté), et même le moine bien qu’on ne voit jamais son visage.

L’intrigue en elle même imbrique tout le monde dans un scénario complexe. Au travers de cette guerre de 14 qui arrive jusqu’aux îles les plus reculées du Pacifique se déroule une petite réunion de famille inattendue. Appelons ça comme ça. Les rouages de l’aventure sont intéressants et captivent le lecteur que je suis d’un bout à l’autre.
On peut donc dire que je suis enchanté par ce classique de la bande dessinée !
Seul petit bémol quand même, histoire de pas être objectif à 100% : J’ai trouvé l’histoire un peu longue. Elle fait près de 170 pages je crois, c’est long, c’est très long !

Je termine sur le dessin :
Je me faisais la réflexion, c’est incroyable comme Hugo Pratt parvient à dessiner un navire simplement en posant quelques aplats de noir. De même, les décors derrière les personnages mêlent de gros traits à quelques détails plus minutieux. Mais on cerne toujours de suite là où on est et ce qui est représenté : une salle des machines, des chaudières…
Les visages ont eux aussi quelque chose de très particulier. Ils sont détaillés et flous à la fois. Pourtant, s’ils sont toujours différents dans le dessin, on parvient toujours à savoir à qui on a affaire. Le dessin des personnages est assez éloigné l’un de l’autre pour qu’on ne confonde personne.
Autant de choses qui font du dessin d’Hugo Pratt un ovni de la bande dessinée, inimitable et tellement génial.

Allez, d’autres citations pour la route :

« En deux mots tu me conseilles de fuir !?! Goujat ! … Cette île est à moi ! Le moine meurt mais ne s’enfuit pas !
_ D’accord, alors, meurs !
_ Le moine fuit mais ne meurt pas !
_ Dame, il y aurait bien une solution… meurs à moitié. Et rends-toi à moitié…
_ Ah, Corto, Corto, Corto… ce que j’aime le plus en toi, c’est cette capacité que tu as de ne jamais perdre de vue le côté amusant des choses !
»

« Écoute Cranio : Voici un « 38 » avec lequel le moine aussi peut mourir !
_ Tu sais ce qui me déplaît en toi, Raspoutine ? … Presque tout !
»

Badelel

Badelel

Addendum du 14/12/2010

Corto Maltese est tout un symbole dans notre famille. Mon père, à la fois marin (d’eau douce 😛 ) et bédéphile, l’a élevé au rang d’idole, et c’est devenu une sorte de divinité chez nous. C’est d’ailleurs à cause du Paternel que j’associe immanquablement Corto à un vers de Baudelaire. Dites « Corto Maltese », et je vous répondrai « Homme libre toujours tu chériras la mer ». Avec une telle ambiance familiale, comment se fait-il que j’ai attendu d’avoir 20 ou 25 ans pour lire un Corto ? Le mystère reste entier. Toujours est-il que lorsque j’ai fini par m’y mettre, je les ai lu sans les apprécier outre mesure, je l’admets.

Si comme moi, vous avez lu des Corto sans en apprécier la saveur, suivez mon conseil : lisez La ballade de la mer salée, car le héros de Hugo Pratt prend toute sa dimension et son intérêt dans cet album. On commence généralement une série au tome 1, on devrait donc toujours commencer les Corto Maltese par La ballade de la mer salée. D’ailleurs, l’histoire elle-même n’est pas « corto-centrée » comme le sont les autres albums. Il n’y a pas véritablement de personnage principal, mais plutôt plusieurs protagonistes qui se retrouvent embarqués dans les rouages de la piraterie et de l’histoire mondiale. En fait, après renseignement, il semblerait que cet album n’ait pas été écrit dans l’idée de créer la série des Corto Maltese. Au contraire, la série se serait développée à partir de l’un des personnages de l’album.

D’ailleurs, on sent bien qu’il s’agit là du tout premier. Les visages des personnages, encore hésitants au départ, s’affinent au fur et à mesure qu’on avance dans la BD pour adopter finalement les traits que nous leur connaissons depuis. Les caractères, eux, sont déjà bien cernés. Corto est placide, réfléchi, cynique et doué d’un grand sens pratique. Raspoutine est l’homme ambigu que l’on connait : immoral, insensible, cupide et crapuleux mais attachant et indispensable. Au final, cet album qui contient somme toute un nombre assez conséquent de pages se laisse dévorer sans autre forme de procès.

Mais laissez-moi vous parler de l’objet qui vaut, à lui tout seul, le détour. Car notre Ballade de la mer salée est une édition spéciale parue en 2007 pour fêter les 40 ans de la première apparition de Corto Maltese le 10 juillet 1967 et le 120° anniversaire fictif du marin le plus célèbre de la bande dessinée. La couverture est toilée et très esthétique avec un Corto à l’aquarelle. Le format correspond à celui des planches originales de Hugo Pratt. Le papier est épais. Un courrier du neveu de Caïn Grovesnore sur papier à lettre glissé dans le livre. Le format à lui tout seul aurait suffit à en faire un objet de belle qualité : le fait qu’il s’adapte à la taille originale des planches permet de véritablement apprécier le talent de Hugo Pratt. Son dessin est déjà réputé (à raison !) pour sa qualité. Mais là, il devient soudainement sublime, laissant se dévoiler la beauté, la précision, l’expression et l’intelligence des aplats de noirs.

Je suis en revanche plus mesurée sur la lettre du neveu de Caïn Grovesnore qui introduit l’histoire comme étant un fait réel basé sur des documents bien réels. La démarche manque d’originalité et de naturel, et c’est mon regret, car il faut bien admettre qu’elle apporte aussi des éléments nouveaux à l’affaire si on prend la peine de la lire après lecture de l’album.

roaarrr

– Meilleure œuvre réaliste étrangère Angoulême 1976

Corto Maltese #1 : La ballade de la mer salée (édition 40ème anniversaire)
Scénario : Hugo Pratt
Dessin : Hugo Pratt
Édition : Casterman 2007 (1° édition 1975)
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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2 réflexions sur “Corto Maltese #1 : La ballade de la mer salée

  1. Lunch dit :

    Par Yaneck le 06/12/2010 :

    Si ça peut te rassurer, je n’ai lu cet album qu’il y moins d’un an. Tu n’es pas le seul à avoir découvert tardivement cette série culte. ^^

    Par Lunch le 06/12/2010 :

    Et je ne serais sûrement pas le dernier je suppose ^^
    Mieux vaut tard que jamais !

    J'aime

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