Ida #1 : Grandeur et humiliation

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27 octobre 2010 par Lunch

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Lunch

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Pendue à une branche d’un arbre aussi gros qu’étrange, Ida paraît seule et abandonnée. Du haut de son perchoir, la compagnie d’une larve ne lui plaît guère. Se changeant les idées, elle contemple la flore locale et mange un fruit à portée de main. Resterait-elle ici jusqu’à la fin de ses jours ? Serait-ce là son dernier repas ? Qu’il est loin le temps où elle était faible et alitée dans sa demeure en Suisse

Chloé Cruchaudet aime le voyage. Si elle avait évoqué l’histoire dans le froid de Groenland Manhattan, c’est la découverte et la chaleur coloniale qu’elle met en avant dans Ida. Une autre époque, une autre civilisation.
C’est un plaisir que de retrouver les traits de l’auteur sur une nouvelle expérience, haute en couleur de part la culture africaine mais aussi au travers de la forte personnalité de l’héroïne.

À la lecture de ce premier tome d’Ida, je dois avouer que je le préfère largement à Groenland Manhattan. Les couleurs plus riches, réalisées à l’aquarelle ; le dessin plus affiné. La couverture de l’album parle d’elle même. Quelle classe, cette robe qui s’ouvre au monde tel un livre, en évoquant sa grande richesse.
Richesse narrative et graphique qui n’est pas passée inaperçue puisque l’album était sélectionné à la fois pour le festival d’Angoulême et pour le prix Artémisia 2010 ou elle côtoyait entre autre Rosalie Blum de Camille Jourdy et L’île au poulailler de Laureline Mattiussi. C’est ce dernier qui sera finalement primé.

Je reviens un peu sur l’héroïne au caractère bien trempé. Au départ faible et maladive, elle prends de l’assurance au fil du récit. Partant à l’aventure à contrecœur, elle s’y plait finalement et prends de plus en plus d’initiatives. Elle part à la recherche de cette image de l’Afrique exotique qu’elle tient de l’exposition universelle de 1867 qu’elle avait visité dans sa jeunesse.
Elle n’a peur de rien, muée par son rang et un caractère borné, à toute épreuve. Certains la qualifient d’insouciante… et ils ont raison. Mais on a l’impression qu’elle est capable de se sortir de toutes les embuches et que rien ne peut l’arrêter. Ce qui au final est plutôt jouissif ! Une héroïne peu singulière assurément.

Côté dessin, j’évoquais la profondeur de la couverture, mais il y a un autre procédé que j’ai beaucoup apprécié. Première rencontre en page 7, avec cette large case qui traduit le voyage d’Ida à bord de son fiacre. Le dessin sans case marquée est aéré, il nous invite à partir au matin, à croiser une ville, puis à passer la nuit avant de poursuivre la route le lendemain au milieu des moutons. J’adore cette évocation du déroulement du temps, cette tâche violacée marquant la nuit en plein milieu de la scène.

Conclusion : j’ai aimé, et j’ai hâte de lire le second opus (sur une série prévue en 3 tomes).

Badelel

Badelel

Addendum du 28/10/2012

Après Groenland Manhattan, Chloé Cruchaudet voulait continuer à aborder les difficultés du déracinement. Le ton est autrement plus léger, mais le pari est réussi, puisque la série Ida vaudra à l’auteure un peu de gloire, et à ses lecteurs quelques moments bien cocasses.

Le ton décalé suit le voyage d’une vieille fille trentenaire du XIX° siècle autoritaire et égocentrique qui parcourt le paysage sauvage africain en crinoline en compagnie d’une secrétaire nymphomane.
Cette vision originale de l’époque coloniale met au passage en valeur l’arrogance des colons persuadés de représenter une race supérieure. Des propos que l’on réserve aux comptoirs du littoral, car peu de ces personnes s’aventurent dans l’Afrique profonde avec pour toute compagnie des porteurs autochtones. Alors une femme, pensez…

L’histoire est assortie de dessins faisant ressortir l’incongruité du personnage dans ce décor ainsi que de très belles couleurs à l’aquarelle, et ce premier tome (ou tout du moins sa première édition) nous gratifie d’une couverture mate très agréable. Dommage que les tomes suivants n’aient pas profité des mêmes soins de la part de l’éditeur…

Ida #1 : Grandeur et humiliation
Scénario : Chloé Cruchaudet
Dessin : Chloé Cruchaudet
Édition : Delcourt 2009
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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3 réflexions sur “Ida #1 : Grandeur et humiliation

  1. […] le filtre glaçant de Groenland Manhattan, les aquarelles chaleureuses de l’Afrique d’Ida, voilà maintenant un traitement charbonneux au fusain ponctué de touches colorées savamment […]

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