Notre mère la guerre #1 : Première complainte

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28 août 2010 par Lunch

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Lunch

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Le village de Méricourd, qui était un carrefour important sur les routes de Reims, Châlons-sur-Marne et Verdun, devint avec le début de la guerre le lieu de passage obligatoire des troupes. Ses champs qui autrefois nourrissaient bon nombre d’habitants n’abritaient alors plus que des tranchées, des cadavres, et des fusils.
Alors que les premières lignes de Champagne sont âprement défendues contre l’ennemi Allemand, un autre mal ronge de l’intérieur… plus sournois : plusieurs femmes sont retrouvées assassinées au milieu de cette guerre. Des homicides prémédités et mis en scène… La tâche de retrouver le criminel revient alors à celui qui s’était illustré quelques temps plus tôt dans la résolution d’une affaire complexe : le lieutenant Vialatte.

Je dois l’avouer, je n’étais pas spécialement inspiré par l’acquisition de cette bande-dessinée. Le thème de la guerre, généralement, ne me fais pas vraiment envie. Mais il s’agit là d’une lecture k.bd, alors j’ai fait l’effort.
Et je me dois de reconnaitre ma première erreur : Notre mère la guerre n’est pas tout à fait une BD sur la guerre. La guerre c’est l’environnement, c’est le contexte. Mais le sujet, c’est une enquête, c’est la recherche d’un meurtrier.

Il faut dire que l’idée est originale. Et la découverte du corps de ces femmes, dont les morts ont été mises en scène a quelque chose de malsain et d’horrifiant. Alors que nous pensons que la guerre est déjà quelque chose de suffisamment effroyable en soit, le criminel lui se délecte de tuer des femmes de cette façon, de maquiller ses crimes, et tout ça sous le couvert d’une guerre atroce. N’y a-t-il pas assez de victimes ? Ni de cibles plus faciles pour assouvir ses pulsions criminelles ?
Choqué par l’idée, mais ravi par l’intrigue.

Pour ce qui concerne la narration, j’ai été agréablement surpris par l’entrée en matière, qui nous immerge complètement dans l’époque. On glisse du lit de mort de notre Lieutenant enquêteur à l’intrigue comme dans un rêve… ou un cauchemar. On visualise rapidement le contexte, on entre vite dans le vif du sujet.
Le reste de l’album est pourtant plus lent. Kris prend le temps de nous conter l’histoire à son rythme. Mais si chaque événement est posé et l’harmonie globale impeccable, j’ai ce sentiment de lenteur inhérent aux recherches du Lieutenant Vialatte. Il piétine, et nous aussi du coup.
Est-ce là finalement le souhait des auteurs ? De nous montrer plus encore les affres de cette guerre, ses conditions extrêmes, ses injustices ? L’enquête n’est-elle qu’un prétexte ? J’ose croire que non et que ma première impression était la bonne… mais il faudra attendre le tome 2 pour la vérifier.

Pour finir, j’ai bien aimé le dessin de Maël. Torturé, hésitant, accompagné de ces teintes marrons-grises proches du sépia, il est comme un souvenir diffus d’une époque lointaine, convenant admirablement au ton de l’histoire.

Badelel

Badelel

Addendum du 22/09/2010

Voilà une BD qui part de base avec un a priori négatif : son sujet. Alors voilà, la Première Guerre Mondiale, avec tout ce qu’on nous a rabattu dans les oreilles, y’a un peu overdose (même si c’est pas pire que pour la Seconde). D’autant que le dessin (des aquarelles soulignées de traits à l’encre, des teintes grises) n’inspire rien de bien réjouissant. Là encore, je parle du sujet, car les illustrations sont d’une beauté morbide. Sans k.bd, je n’aurais certainement jamais pris la peine de l’ouvrir. Ç’aurait été une bien grave erreur, et je remercie l’équipe pour cette proposition.

L’originalité de Notre Mère la Guerre tient dans sa dualité. Alors que le sujet est on ne peut plus sordide (la Première Guerre Mondiale, les premières lignes, les meurtres), elle met en scène un héros assez haut en couleur. Un anti-héros devrais-je dire d’ailleurs, car le lieutenant Vialatte n’est clairement pas à sa place dans ce décor. Ce gendarme romantique se retrouve à enquêter dans la boue des tranchées. Lui si propre, parfait gentleman et héros de la gendarmerie française, fervent défenseur et idéaliste de la juste cause de cette guerre, le voilà confronté à l’horreur innommable de la réalité.

Notre Mère la Guerre commence sur l’image d’un mourant chantant La Faute à Voltaire. Pour ma part il ne m’en faut pas beaucoup, j’ai lu la BD avec La Faute à Voltaire en musique de fond. Voilà qui accentue encore le décalage entre le ton et l’ambiance.

Évidemment, cette BD, ce ne sont pas seulement les boulettes du Lieutenant Vialatte. Elle montre la guerre sous tous ses aspects : la mort avant tout, la bêtise de l’état major, le quotidien dans les tranchée, un petit tour à l’hôpital de campagne, la population civile près du front… Bref, nous avons là un panorama de l’horreur et de l’inhumanité qu’a pu être la Der des Der. La légèreté du ton, on la doit notamment à la construction du récit. Le lieutenant Vialatte 20 ans après, aux portes de sa propre mort, raconte cette expérience, ce traumatisme. Alors avouons-le, le concept du vieux qui va crever et qui raconte ce qu’il n’a jamais pu dire, ce n’est pas franchement innovant. Mais finalement, on imagine assez mal comment Kris aurait pu amorcer cette histoire sans ce subterfuge assez classique.

Notre mère la guerre #1 : Première complainte
Scénario : Kris
Dessin : Maël
Édition : Futuropolis 2009
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Notre mère la guerre #1 : Première complainte

  1. […] du trait de Maël au scénario tout en poésie d’Antoine Bauza. Maël, on lui doit aussi Notre mère la guerre, album dans lequel il collabore avec Kris. Ce dernier cherchait un graphisme particulier pour son […]

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