Animal’Z

2

4 avril 2010 par Lunch

animalz

Lunch

Lunch

« Le Coup de Sang », c’est ainsi qu’à été nommé le grand bouleversement, le cataclysme, l’apocalypse… ce genre d’événement qui ne laisse derrière lui qu’une poignée de survivants. Ceux qui ont survécu recherchent aujourd’hui ce havre de paix, ce lieu insolite, mystérieux, et secret… cet eldorado légendaire. Quête futile ? Existe-t-il seulement, ce rêve lointain ?

Les albums d’Enki Bilal sont toujours très attendus par les fans comme moi. Critiquer un album de son auteur favori n’est pas évident, comment être objectif ?
Je vais quand même m’y essayer.

Tout d’abord, lorsqu’on aborde une lecture de Bilal, on s’attend à un enchevêtrement politique complexe. Eh bien sachez-le, ce n’est pas le cas ici. Certes les hommes ont des destins croisés, ils ont tous leur passé, leurs défauts, leurs pulsions. Mais il n’y a pas de politique.
On retrouve en revanche ce thème de la guerre et du chaos (ou de la décadence) présent dans la plupart des œuvres de Bilal.

Car Animal’Z est avant tout une œuvre de science-fiction. Et comme toujours lorsque le maître aborde ce genre de défi scénaristique, il nous fait découvrir des choses jusque là inexplorées. C’est ainsi que naissent des concepts tels que l’eau en poudre, à laquelle on doit ajouter de l’eau pour en faire de l’eau, ou encore les hommes-dauphins.
Nous sommes dans un monde futuriste, est-ce la vision de Bilal du monde de demain ?
En tout cas, il nous fait nous poser des questions, à l’heure ou le monde prend conscience des dérèglements climatiques.

Je parlais des hommes-dauphins, il s’agit bien entendu d’expériences génétiques. Tiens, là encore, c’est un thème récurrent chez l’auteur. Dans cet album, le rapport entre l’homme et l’animal est par ailleurs constant.

Mais venons en un peu aux personnages de l’histoire.
Tout tourne autour de ces Animal’Z, et des destins croisés des protagonistes. Ils s’étaient tous plus ou moins perdus de vue après le Coup de Sang, mais voilà qu’un détroit les réunit, car c’est le seul passage vers la « terre promise ».
Les personnages sont presque tous des robots, ils n’ont pas une grande profondeur affective ou spirituelle. Ils sont des produits du passé, et n’ont plus grand chose de réel. Ils semblent synthétiques. Et c’est probablement vraiment le cas, car tous ou presque sont le fruit d’expériences plus ou moins ratées. Quel était le rapport « humains / créatures humanoïdes » dans le passé ? N’y a-t-il justement que les plus transformés qui aient survécus ? La science d’aujourd’hui ne cesse de choquer en proposant des expériences, des clonages… n’est-ce pas là l’un des points de départ de cette bande-dessinée, l’une des accusations portées à la folie des hommes ?
D’ailleurs, en parlant de clonage, je ne me suis rendu compte qu’à la fin que ce n’était pas la peau du zèbre qui était changeante, mais que deux zèbres portaient des personnages différents. Deux hommes qui ne vivent qu’au travers de proverbes. Ils ne sont que citations, ils n’existent que par leur biais. Je trouve ce(s) personnage(s) très périlleux d’un point de vue textuel. Car il n’était pas évident de le(s) faire « parler » sans perdre le lecteur, ou sans en faire trop. Et c’est pourtant réussi.

Au final, mon bémol réside plutôt dans ce que je préfère chez Enki Bilal, à savoir le dessin.
Le style épuré de sa dernière série du Monstre a disparu pour laisser place à un graphisme gris et morne. Certes il reflète bien le lendemain de chaos, ce monde onirique cruel et dangereux, ce récit dans un autre temps, mais tout ce gris peut provoquer une lourdeur incommensurable, envahissante, pesante.
Mais ce qui m’a vraiment gêné au cours de ma lecture, ce sont ces traits de séparation au milieu d’une page lorsque le récit bascule d’une scène à une autre. Ça, c’est très moche… et franchement pas artistique.

Moralité : Animal’Z est un livre très différent de ce que Bilal à proposé jusque là, une bande-dessinée à posséder absolument. Je vous l’avais dit que je ne serais pas objectif !

Animal’Z (One shot)
Scénario : Enki Bilal
Dessin : Enki Bilal
Édition : Casterman 2009
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
Publicités

2 réflexions sur “Animal’Z

  1. Lunch dit :

    Par Mo’ la fée le 04/04/2010 :

    J’ai apprécié cet album pour plusieurs raisons et la première et que justement, il innove au niveau graphique en revenant à quelque chose d’épuré… c’est beau ! Ensuite, parce que globalement, Le Sommeil du Monstre m’a déçue. C’est ronflant, pseudo-intello et nihiliste nitszchéen qui me donne la nausée. Des considération de bobos qui ne m’ont absolument pas accroché. Par contre ces coupes-franches pour passer d’un perso à l’autre, j’adhère assez dans Animal’z car au final, je trouve à aussi brut que le monde dans lequel les personnages évoluent. Ce sont des impressions qui me restent d’une lointaine lecture ^^

    J'aime

  2. […] d’abord, Julia & Roem c’est la suite d’Animal’Z sans vraiment l’être. La suite parce que c’est le même univers développé, avec ce […]

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :