L’ancien temps #1 : Le roi n’embrasse pas

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14 mars 2010 par Lunch

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Lunch

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Cassian est un jeune sourcier. Plutôt simple et gaillard, il n’est pas vraiment fait pour ça, et n’a d’yeux que pour la belle Nadège, la meilleure élève du vieux loup. Lorsque celle-ci décide de s’en aller pour Nissa, lui ne pense qu’à la suivre, quitte à affronter le courroux du dieu unique qui ne veux pas qu’on récupère les clefs qui mettront fin à son règne…

Beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses à dire sur cet album…
Commençons par le scénario et le fil conducteur qu’il développe. Joann Sfar a voulu créer son univers fantastique à lui, et a donc chercher à se démarquer un peu des autres. S’il reprend allègrement le bestiaire classique, il en détourne l’usage. C’est ainsi qu’une licorne se retrouve avec huit pattes, que les animaux parlent, ou que les sourciers se transforment.
Tout cela basé sur une « inspiration Niçoise » convenue : la ville de « Nissa » comme destination entendue et la reprise de la version grivoise de la chanson « Calant de Vilafraca« .

Mais il développe aussi quelques idées fortes et qui ont leur importance dans le récit :
Il y a tout d’abord le dieu unique avec son œil de cyclope, qui a asservi les autres dieux et les a enfermé dans une prison dorée, et qui infantilise ses proies.
Ensuite, l’eau « coule vers le haut ». De ce fait, elle est pure lorsqu’elle est de mer et près de la cité papale, et s’empoisonne lorsqu’elle remonte vers sa source. Il n’y a d’ailleurs guère que les sourciers accomplis qui puissent la boire sans craindre son poison.

Mais si ce ne sont ces quelques idées novatrices, l’album m’a profondément déçu.
Et l’une des raisons de cette déception, c’est son discours moralisateur :
L’album pose tout d’abord des questions existentielles sur l’être humain, ce qu’il est et ce qu’il cherche. Il idéalise aussi l’homme pour toutes les femmes… un point de vue quelque peu machiste je trouve.
Il y a aussi la figure du serpent qui sans cesse tente de faire réfléchir Cassian sur telle ou telle chose, voulant le tenter (rapprochement aisé avec le serpent d’Adam et Ève) ou le faire culpabiliser. Chaque acte a ses conséquences, et il faut réfléchir avant d’agir… le choix du héros niais et le discours moralisateur du serpent est presque énervant à force.
Pour finir, la femme aurait dû abandonner ses cornes (ici symbolisées par la Licorne) lors de son mariage. Aimer par amour ou par nécessité ? Les choix de la femme d’un roi…
Je n’irais pas jusqu’à dire que pour Joann Sfar, tromper c’est mourir… mais presque, quand même !

Autre chose, ceci est une bande-dessinée certes, mais à ne pas placer entre toutes les mains. Joann Sfar assume pleinement le caractère adulte de ce livre, avec un langage grossier et de nombreuses allusions salaces, tant par le texte que par les dessins.

Si le caractère moralisateur m’a dérangé, la longueur du récit m’a ennuyé.
140 pages, c’est long ! Je n’ai pas réussi à lire la BD en une seule fois, et je n’aime pas ça du tout.
Mais ce n’est pas tant le nombre de pages qui rend cette lecture ennuyeuse, c’est toutes ces idées jetées qui ralentissent le scénario. On a l’impression qu’on ne sait pas où l’auteur veut aller, qu’il écrit à l’inspiration. Le récit est de ce fait saccadé et en pâtit.
Et il y aura plusieurs tomes en plus…

Quant au dessin, c’est du Sfar, on aime ou on aime pas !

 

Badelel

Badelel

Pour ma part j’ai lu la BD en deux temps. J’en ai découvert le début à Angoulême et ce début m’a beaucoup plu : un cadre original (l’eau qui remonte à sa source, qui est empoisonnée, la magie de la source), des clins d’œil historiques critiques (le dieu unique et sa volonté d’annihiler les autres religions, la papauté et son emprise sur la politique) et des clins d’œil artistiques (la dame à la licorne et une histoire qui n’est pas sans rappeler la traditionnelle dame sans merci de la littérature anglaise), et des personnages sympatoches (un amoureux transi genre paladin perdu dans un monde pas fait pour lui, une magicienne égocentrique qui se sert des autres puis qui les jette, un narrateur pourri jusqu’à la moelle), etc.

Ce n’est que quand j’ai pu lire la suite une fois la BD achetée que j’ai un peu déchanté. L’histoire traine en longueur, il n’y a pas de rythme, et même lorsqu’il y a de l’action (un peu), on s’ennuie. C’est Lunch qui a mit le doigt sur ce qui ne va pas : l’histoire n’est pas construite. Ça fait très mal à l’album qui aurait pu être de grande qualité.

L’ancien temps #1 : Le roi n’embrasse pas
Scénario : Joann Sfar
Dessin : Joann Sfar
Édition : Gallimard 2009
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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