Aux heures impaires

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16 décembre 2008 par Lunch

heures_impaires

Lunch

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Bastien est malentendant et il doit réaliser un stage dans le cadre de ses études. Alors qu’il a rendez-vous au musée du Louvres avec le responsable de l’établissement, il fait la rencontre de Fu Zhi Ha, gardien de nuit, lui aussi sourd et muet. Une rencontre qui va changer la vie du jeune homme et l’emmener à découvrir le secret des heures impaires.

Ce que j’aime avec Eric Liberge, c’est qu’il se dégage de chacune de ses œuvres un parfum particulier. Ses récits nous transportent à chaque lecture vers un univers qui nous fait perdre tous nos repères, un voyage vers l’inconnu au travers d’un roman graphique comme il en a le secret ; Eric excelle dans ce style où le lecteur est subjugué par des images qui flashent, entremêlant le mystère et l’incongru, où le texte est partie intégrante de l’illustration, on est comme dans un film, on vit vraiment l’action ! Déjà précédemment, j’avais pu lire l’excellent « Tonnerre Rampant » qu’il a sorti chez Soleil, une histoire d’horreur ou les onomatopées fusent comme au cinéma. Nous sommes dans cette lignée là sur « les heures impaires » !

Le sujet abordé ici s’éloigne des sentiers abordés depuis trop longtemps par la bande dessinée franco-belge. Nous n’en attendions pas moins avec l’auteur de « Mardi-gras descendre ». Le dernier ouvrage que j’avais pu lire sur le même thème, dans un tout autre style et sans être fantastique, était « l’orchestre des doigts », un manga d’Osamu Yamamoto. Je suis très heureux de lire quelque chose qui sorte de l’ordinaire sans éprouver le besoin d’aller voir ce qui se fait du côté du Japon. Et avec Eric Liberge, je ne suis jamais déçu.
Et puis il y a ce côté surnaturel et cette petite dose de frisson !

Avant de lire « aux heures impaires », je n’avais jamais vu les musées sous cet œil, je n’avais même pas songé un seul instant à passer une nuit dans un tel établissement, seul à seul avec l’Art, dans le silence et la sérénité. Aujourd’hui j’envierais presque l’auteur d’avoir eu un tel privilège…

 

Badelel

Badelel

Addendum du 14/06/2014

Troisième opus du partenariat entre les éditions Futuropolis et le musée du Louvre, Aux heures impaires est le bébé d’Éric Liberge, auteur du célèbre Monsieur Mardi-Gras Descendres. Avec un passif pareil, et sachant que Période Glaciaire avait fortement marqué le paysage à son arrivée, ce titre laissait présager une bonne surprise. La réalité est plus modérée.

Je suis toujours fan de l’ambiance graphique. Le travail des décors, le sens du détail, les ombres… Liberge donne un vrai sens au mot « décor » avec des dessins extrêmement travaillés. Quant aux couleurs, elles participent entièrement à la dynamique des cases (les percussions se révèlent dans la mise en couleur qui devient comme un second dessin qui se superpose au trait) et à l’ambiance fantastique de l’histoire (notamment avec l’usage de teintes vertes).
Au contraire, le dessin des personnages est nettement moins séduisant. Les premières planches y apportent encore un certain soin, mais au fur et à mesure de l’avancée, là où les décors et les couleurs gagnent en profondeur, le dessin des personnages s’appauvrit. D’un autre côté, les portraits liés au souvenir qui possèdent le charme et la simplicité du crayonné et tranchent avec la rigidité qui caractérise les humains sur le reste de l’album.

La particularité de Aux heures impaires, c’est le prétexte du thème du Louvre pour en aborder un autre, plus personnel : celui de la surdité (sans parler du fantastique, largement récurrent chez lui). On sent qu’il connait le sujet, qu’il est concerné par la problématique. On aborde plus la difficulté pour les malentendants de s’intégrer dans la société et dans le monde professionnel, de s’exprimer et de se faire comprendre. Il traduit bien la violence issue de cet isolement qu’on aborde par ailleurs dans L’orchestre des doigts. On ressent une certaine frustration en suivant le héros, son incapacité à faire comprendre son ressenti, même auprès des autres malentendants et plus encore auprès des entendants.
Mais. Mais mais mais… Voilà, Aux heures impaires n’est pas du niveau qu’on pourrait en attendre. L’histoire est somme toute assez convenue. L’idée même de donner vie aux œuvres du Louvre a un côté repompé sur de Crécy, et l’ensemble manque de surprise et de rebondissements. Le gamin frustré et incompris qui s’embrouille avec tout son entourage et se réfugie dans sa nouvelle passion, ce n’est pas une structure particulièrement innovante.
Malgré les possibilités offertes par le sujet de la surdité, les réactions des personnages et les relations humaines manquent de profondeur. L’ensemble est superflu, à peine esquissé.

Le ressenti est au final assez décevant, malgré une accroche plutôt tentante.

Aux heures impaires (One shot)
Scénario : Éric Liberge
Dessin : Éric Liberge
Édition : Futuropolis / Louvre éditions 2008
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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3 réflexions sur “Aux heures impaires

  1. […] grands noms de la bande dessinée : Bernard Yslaire (Le ciel au-dessus du Louvre), Éric Liberge (Aux heures impaire), Marc-Antoine Mathieu (Les Sous-sols du Révolu)… – Ensuite parce que Nicolas de Crécy […]

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  2. […] Chavouet dresse presque une étude comportementale et préfère s’attarder sur le vivant. Éric Liberge avait abordé le sujet des gardiens à sa manière surnaturelle bien à lui, Chavouet […]

    J'aime

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